N° 423
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

De Aïcha Akalay 

“Hassan II n’avait pas que des défauts”
Younes Megri,
musicien et acteur (DR)

Antécédents

1951. Naissance à Oujda.
1964. Décès de son père.
1978. Concert à l’Olympia.
1980. Première rencontre avec Nadia Niazi, son épouse.
1999. Premier succès cinéma avec Ali, Rabia et les autres d’Ahmed Boulane, et décès de sa mère.
2008. Joue dans Amours voilées, son rôle le plus audacieux.

Le PV
Younes Megri aurait aimé être Sean Connery. A défaut d’incarner James Bond, il cultive le côté dandy. Alors qu’il flirte avec la soixantaine, Younes Megri affiche toujours une gueule de jeune premier. Star à 18 ans, il l’est encore aujourd’hui. Dans les seventies, il grattait la guitare quand ses copains faisaient de la politique ou jouaient de la derbouka. Avec les Frères Megri, il tutoie les étoiles. C’est l’époque bénie des disques d’or, avec les Lili touil, M’raya, Yemma et autres chansons mythiques. Mais c’était hier. Le Younes Megri version 2010 est un grand-père pépère, qui parle doucement, tranquillement, en s’excusant…de ne pas être parfait. Ses amis sont unanimes : “Younes est simple, entier et fidèle”. Ça tombe bien, nous le pensons aussi.
 

Smyet bak ?
Mohamed Megri.

Smyet mok ?
Badra Charboni.

Nimirou d’la carte ?
A204652.

Vous le dites d’une traite, c’est impressionnant. Vous avez l’habitude de vous faire contrôler ?
Pas du tout. Mais je voyage beaucoup, alors à force de remplir la fiche de police à l’aéroport, j’ai fini par le retenir.

Vous êtes beau, gentil, intelligent. Elle est où l’arnaque ?
Franchement, il n’y en a pas. J’étais le dernier d’une famille de sept enfants, j’ai donc été très chouchouté. J’ai reçu de l’amour de mes proches et du public, je n’ai eu aucune raison de ne pas être gentil. Quant au reste, je sais que l’on m’apprécie comme je suis.

Etre une star de la chanson et du cinéma, ça vous a rendu riche ?
Alors là, pas du tout. Je suis né dans un pays du Tiers Monde où l’art ne rend pas riche. Ce que j’ai me suffit, je n’ai pas besoin d’être riche.

Puisque c’est la mode, à quand une reformation des Frères Megri ?
Des soirées hommages sont prévues pour les mois à venir. Mais on ne peut pas parler de véritable retour. Nous n’avons plus l’âge de courir les scènes.

Pourtant vous jouez toujours des rôles de jeune premier au grand écran. C’est quoi votre secret de jouvence ?
J’ai une bonne hygiène de vie, tout simplement. Je passe la moitié de mon temps dans la nature et je fais du sport.

Même pas une petite cigarette de temps en temps ?
J’ai arrêté de fumer il y a plus de 25 ans.

A quand Younes Megri dans une pub pour crème anti-rides ?
Jamais. La publicité ne m’intéresse pas. Je peux vendre mon image si on me propose de piloter un avion ou sauter en parachute, mais pour vanter les qualités d’une huile ou d’une crème, ça non !

Vous n’avez jamais fait de politique. Vous ne seriez pas un peu trouillard ?
Je n’ai jamais fait de la politique politicienne mais, à l’époque des Frères Megri, nous étions tous engagés et nous avions clairement un parti-pris.

Lequel ?
Nous rejetions le régime en place. Nous pensions que nous vivions dans un pays fasciste. D’ailleurs nous étions sous surveillance policière et il nous arrivait de nous faire jeter de la RTM pour nos positions.

Vous avez été invité plusieurs fois à jouer au palais pour Hassan II. Ce n’était pas en contradiction avec vos “positions” ?
Non. Hassan II connaissait nos convictions mais il nous respectait. Nous ne lui avons jamais demandé de l’argent ou des grimates, et il n’en a jamais proposé. Ça prouve qu’il aimait vraiment la culture. Il avait cette qualité là.

Seulement celle-là ?
Hassan II n’avait pas que des défauts. Avec du recul, je me rends compte que nous étions des écervelés, c’était faux et injuste de ne pas voir les qualités de ce roi.

Entre 1980 et fin 1990, vous faisiez quoi ? Vous dormiez ?
C’est à cette période que j’ai commencé à me prendre au sérieux. Je suivais des cours au conservatoire et je m’enfermais chez moi. C’est aussi à cette époque que j’ai lancé le premier studio 24 pistes au Maroc. Donc non, je ne dormais pas.

Vous êtes plutôt PAM ou PJD ?
C’est quoi PAM ?

Le Parti authenticité et modernité de Fouad Ali El Himma…
Je ne suis pas du tout ces histoires. Pour moi, tous les partis se valent. Je suppose qu’ils travaillent pour le bien-être des Marocains, c’est le plus important. J’aime les gens qui bossent et qui n’entravent pas la liberté d’autrui, c’est tout.

Votre mouche sous la lèvre, la D’bbana, c’est un piège à filles ?
Mais non, c’est une vielle histoire.

Allez-y, nous avons tout notre temps…
A 13 ans j’ai voulu me raser le duvet. Quand j’ai entamé la partie sous la lèvre, mon père m’a surpris et m’a conseillé d’attendre. Il est mort cette année-là. Depuis, je garde cette mouche en souvenir.

Rachid El Ouali ne vous en veut pas de lui voler la vedette, alors que vous êtes de 20 ans son aîné ?
Non, il ne m’en veut pas du tout. Il y a du talent partout et assez de place pour tout le monde. Rachid est un ami. J’apprécie sa manière de jouer, même si nous ne sommes pas dans le même registre.

Dans Amours voilées de Aziz Salmi et Jeux d’amour de Driss Chouika, vous campez des rôles assez “chauds”. Vos petits-enfants n’ont pas été choqués ?
J’assume totalement. Je n’accepte pas un rôle parce que j’ai besoin d’argent. Le sujet du voile par exemple m’interpelle, surtout que moi aussi j’ai des filles. J’ai été content de participer à ces films.

Vous avez compris la polémique née autour d’Amours voilées ?
Ceux qui ont condamné ce film sont hypocrites. Une femme voilée qui tombe amoureuse d’un gars et couche avec lui n’est pas une prostituée. La prostitution est ailleurs. Elle est malheureusement largement admise dans notre société et beaucoup de monde y participe : du simple chauffeur de taxi au père de famille qui vend sa propre fille. Il faut arrêter de se mentir.

Votre ami Ahmed Boulane vous a trouvé génial dans ses films mais moins bon dans les films des autres. Un commentaire ?
Tous les réalisateurs disent la même chose. Mais c’est vrai que mon rôle dans Ali, Rabia et les autres a été important dans ma carrière.

Plutôt Stones ou Beatles ?
Beatles, sans hésitation. Je me passe souvent leur musique avec ma fille, je suis fan de tout leur répertoire. Les Stones, c’est trop bruyant pour moi.

C’est vrai que vous ne savez ni lire ni écrire l’arabe ?
J’apprends à lire des textes en arabe. Mais il faut que ça soit mechkoul. Quant à l’écrit, on ne me l’a jamais appris à l’école.

Il paraît que vous aimez les pantalons serrés. On vous a dit qu’on avait changé d’époque ?
(Rires) Oui je porte toujours des pantalons seventies. Ça rend le renouvellement de ma garde-robe difficile. Mais j’assume, je ne suis pas à la mode.

Si l’une de vos filles devait choisir entre la musique et le cinéma, vous lui conseillerez quoi ?
La musique d’abord, car ça demande beaucoup plus de travail que le cinéma. Dans un plan de carrière, il vaut mieux commencer par la musique. Mais l’un n’empêche pas l’autre.

Dans les soirées, vous restez toujours très posé. Vous vous contrôlez ?
Non, c’est ma nature. J’ai toujours bu et fait la fête avec beaucoup de respect et en restant responsable.

Vos proches vous aiment beaucoup mais vous reprochent de ne même pas savoir acheter un yaourt. C’est la honte, non ?
Mon entourage m’a toujours choyé. Certains de mes amis me faisaient même mes courses quand je vivais seul. Et ma femme a repris le flambeau. Je ne suis pas macho, juste un homme très aimé. J’ai de la chance.

Que peut-on vous souhaiter de plus ?
Beaucoup de courage pour pouvoir mener à bien tous les projets qui m’attendent cette année. Je dois tenir la cadence.

 
 
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