N° 433
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

France. Rififi en Sarkozie
Tribune. Il militait pour un islam de gauche
ACTU MONDE



Par Clémentine Hillairet

France. Rififi en Sarkozie

Le président et son ministre du Travail, Eric Woerth, tous deux au cœur du scandale. (AFP)

A l’origine familiale, l’affaire Bettencourt a éclaboussé la
classe politique française, avant de virer au Sarkogate.


Oubliés le Mondial et les frasques des Bleus. Depuis un mois, la France vit au rythme du feuilleton Bettencourt, au plus grand dam de Nicolas Sarkozy et de son ministre du Travail, Eric Woerth. L’histoire débute en réalité en 2007, quand Françoise Bettencourt-Meyers accuse sa mère, Liliane Bettencourt, héritière et actionnaire principale de L’Oréal, de dilapider la fortune familiale pour les beaux yeux du photographe
François-Marie Banier. L’affaire se corse au moment où Woerth est cité dans l’affaire de suspicion d’évasion fiscale de Liliane Bettencourt. Une fraude sur laquelle Eric Woerth, alors ministre du Budget, aurait fermé les yeux. Pire, ce dernier, également trésorier de l’UMP, aurait touché 150 000 euros de la part de Liliane Bettencourt pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une somme illégale, puisqu’elle dépasse le seuil limite autorisé de 7500 euros par an. Ces informations ont été révélées sur le site Médiapart par l’ex-comptable de la société L’Oréal, Claire Thibout. “Des enveloppes d'espèces étaient remises par M. André Bettencourt ou par Mme Bettencourt à des hommes politiques”, relate-t-elle. Sarkozy aurait ainsi empoché de l’argent entre 1983 et 2002, lorsqu’il était maire de Neuilly-sur-Seine. Mais, face aux enquêteurs, Claire Thibout se rétracte, qualifiant de “romance” les propos de Médiapart. Dans la foulée, Eric Woerth annonce le 13 juillet sa démission du poste de trésorier de l’UMP.

La faute aux retraites
Jusque-là muet, Nicolas Sarkozy a dû rendre des comptes aux Français, lundi dernier sur France2. Sur une heure d’interview, le président n’a accordé que dix minutes à l’affaire, se contentant de crier à la calomnie. Seul argument pour sa défense : “Vous m'imaginez, pendant un dîner, devant les convives à table, repartant avec de l'argent ?”, a-t-il répliqué au journaliste. Suite de la plaidoirie : “J’ai promis une république irréprochable, et c’est ce que nous faisons”.
Nicolas Sarkozy a fait de la théorie du complot son unique rengaine. Selon lui, l’affaire Bettencourt a éclaté pour nuire au ministre du Travail chargé du brûlant dossier des retraites. Parce qu’il “bouscule des intérêts, des situations acquises”, il “gêne un certain nombre de gens. La réponse, c'est bien souvent la calomnie”, prétend-il, avant de conclure, indigné : “Voilà qu'avec la réforme des retraites, on me décrit comme quelqu'un qui, depuis vingt ans, irait chez Mme Bettencourt pour ramasser des enveloppes”.

Comment noyer le poisson
Quant à Eric Woerth, récemment blanchi de tout soupçon par le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), il garde sa place au gouvernement et la “totale confiance” du président. “Je pense qu’on n’a vraiment rien à me reprocher, tout est clair, tout est propre, tout est net”, s’était défendu le ministre du Travail le 6 juillet, sur I-télé. Mais pouvait-il ignorer les dessous de l’affaire alors que sa femme travaillait dans le même temps pour la société Clymène, une filiale de L’Oréal chargée de gérer les dividendes de la multinationale ? Soupçonnée d’être au courant des évasions fiscales de Mme Bettencourt, Florence Woerth a dû démissionner. Difficile aujourd’hui pour le protégé de Nicolas Sarkozy d’être crédible aux yeux des Français, surtout lorsqu’il monte à la tribune pour leur demander de se serrer la ceinture et de travailler jusqu’à 62 ans au lieu de 60 actuellement.
Pour faire bonne figure, l’Elysée a récemment poussé deux secrétaires d’Etat vers la sortie. Epinglés pour avoir utilisé des deniers publics, Alain Joyandet et Christian Blanc, qui n’avaient aucun lien avec l’affaire Bettencourt, ont payé pour les autres. Ces démissions forcées n’ont pourtant pas réussi à atténuer le climat tendu qui règne à l’Assemblée nationale. L’opposition s’est d’ailleurs emparée du scandale et réclame la création d’une commission d’enquête parlementaire. Affaire (encore) à suivre.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés