| Par Karim Boukhari | Karim Boukhari k.boukhari@telquel.info (DR) | Le ballon rond est retourné au néant et nous retournons, quant à nous, au petit train-train et aux débats byzantins sur le budget de la semaine, la plomberie qui pète un câble, etc. Le blues du jour d’après Nos douces moitiés savent qu’on a le blues. Et elles n’ont pas besoin de dessin pour comprendre puisque c’est écrit sur nos fronts. Oui, hélas, le Mondial de foot, c'est-à-dire à peu près la chose la plus importante au monde, le seul moment où on redevient gosse, la fête pour ainsi dire, est fini. La parenthèse est refermée. Il n’y a plus de match pour | | meubler les longues journées d’été ou pour “griller” sans problème le déjeuner avec papa et maman. Ce n’est pas seulement la magie qui s’est envolée mais toute la partie immergée de l’iceberg de la vie quotidienne. Nous voilà sans filet de sécurité, sans bouée de sauvetage, simplement livrés à nous-mêmes. Le ballon rond est retourné au néant et nous retournons, quant à nous, au petit train-train et aux débats byzantins sur le budget de la semaine, la plomberie qui pète un câble ou la femme de ménage qui picore dans le frigo familial. Mesdames, il nous faudra composer avec ce spleen et il vous faudra composer avec nous. Lino Bacco, célèbre journaliste sportif qui officie dans la très bonne Radio Mars, impeccable tout au long du Mondial, nous le disait il y a déjà quelques semaines : “J’appréhende le blues de l’après-foot”. Nous sommes au regret de vous annoncer qu’on y est, mesdames. Viva España La victoire finale de l’Espagne et la manière dont elle a été célébrée aux quatre coins du Maroc sont un formidable démenti à la guerre froide que se livrent, depuis si longtemps, ces deux royaumes voisins que sont le Maroc et l’Espagne. Elles n’effaceront pas les malentendus nés de la crise autour de l’îlot Leila, du Sahara, de Sebta et Melilia, de la toute récente nomination de Ould Souilem ambassadeur à Madrid et de toutes les humiliations subies aux frontières espagnoles. Elles n’effaceront pas non plus le passé colonial vécu comme un viol collectif, des deux côtés de la Méditerranée. Les “sales Moros” et le “pauvre Espagnol”, les deux clichés qui renvoient à de vieilles rengaines, sont bien nichés dans nos têtes et n’ont aucune chance d’en sortir. Bref, ce n’est pas le demi-point gagné par le PIB espagnol qui changera quoi que ce soit au malaise maroco-espagnol. La “fête” n’améliorera pas le traitement que peut nous réserver la police aux frontières, ni l’effroi de la petite hôtelière à Tarifa quand elle voit débarquer un client au teint un peu buriné. Les malentendus persisteront et, excusez le terme, les conneries aussi. Mais, dans nos têtes et dans nos cœurs, il y aura toujours une petite place pour autre chose : un peu d’amour par exemple, loin, loin, des calculs géostratégiques. Il fallait cette communion inattendue du 11 juillet pour nous le rappeler. 29 pouces Cette Coupe du monde nous a montré, au passage, que même si nos aéroports internationaux sont certifiés ISO quelque chose, ils restent loin du compte. Imaginez qu’à Agadir par exemple, grande ville touristique, il n’existe pas de kiosque à journaux. Pour acheter L’Equipe ou France-Football, il faut s’armer de patience et attendre, quand il n’y a pas de retard, que l’avion arrive, qu’il décolle et qu’il vous emmène ailleurs. Mais vous n’êtes pas au bout de vos souffrances pour autant. A Casablanca, dont l’aéroport compte parmi les plus importants d’Afrique et du monde arabe, les kiosques ont plutôt des horaires de bureau, donc fermés la moitié du temps. Mieux encore, si vous débarquez en pleine finale de la Coupe du monde, et que vous cherchez à faire comme la planète entière, c'est-à-dire suivre le match, vous allez vous rendre compte que le prestigieux aéroport certifié ISO machin ne dispose, en tout et pour tout, que d’un seul petit écran de télévision, coincé au fond du dernier couloir du bâtiment. Un 29 pouces, mes amis, pour vous faire plaisir et satisfaire les besoins de milliers de voyageurs. Vous imaginez la scène ? Bousculades, cris, bagages et voyageurs-spectateurs abandonnés par terre, etc. Le temps d’un match, vous vous retrouvez dans une ambiance de fin du monde, plus proche de la gare routière de Had Ouled Frej par un temps de canicule que d’un aéroport soi-disant international. |
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