Convaincu d’avoir dit ce qu’il avait à dire,
ZB vous salue bien, et vous dit à la prochaine.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria.
né en 1976 à guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque.
Zakaria Boualem aurait pu se réjouir de la victoire espagnole en Coupe du monde. Applaudir le fait que le football le plus marquant des trois dernières années soit enfin logiquement récompensé. Célébrer Iniesta, footballeur magnifique avec lequel notre héros partage un teint blafard et une attitude de victime permanente… Féliciter Puyol pour ses choix capillaires vintage et ses décollages d’hélicoptère piloté par Captain Majid lui-même. Constater que la Coupe du monde, et ce n’est pas toujours le cas, a désigné un vainqueur légitime, brillant, une équipe plus qu’une sélection, un projet de jeu plus qu’un simple mur défensif conçu pour briser l’adversaire en espérant un contre miraculeux ou un coup de pied arrêté. Il aurait pu festoyer, le Boualem, partager la joie de nos voisins et brailler “campeones” sur son balcon du Maârif. Et pourtant, c’est plus fort que lui, il fait la gueule. Tout d’abord parce que chez nous, on ne se réjouit pas du bonheur du voisin, c’est une sorte | |
de principe. On peut prêter du pain, offrir des oignons pour dépanner, même son salon pour organiser un mariage, pas de problème, c’est même un signe de supériorité. Mais se réjouir sincèrement, jamais. Pourquoi lui et pas moi ? Le succès d’un voisin est forcément louche, c’est bien connu. Comment un bonheur aussi intense qu’une Coupe du monde a-t-il pu frapper tout près de chez nous sans laisser tomber quelques miettes en chemin ? La foudre peut donc s’abattre sur un arbre sans griller quelques mauvaises herbes autour. A la décharge du Boualem, il faut reconnaître que les Espagnols sont particulièrement énervants. Il ont Zara, Nadal, le FC Barcelone et même, paraît-il, quelques héros dans des disciplines secondaires comme la formule 1 et le golf (on n’a pas pu vérifier, Internet est en panne). Il paraît qu’ils sont victimes d’une crise économique terrible. C’est une crise européenne, c'est-à-dire invisible aux yeux d’un Marocain. Leurs boutiques sont pleines à craquer, leurs restaurants aussi et ils festoient toutes les nuits jusqu’au petit matin avec une santé de taureau. On peut les croiser à 7h du matin à la sortie de leur douzième bodega, en pleine forme, braillant encore à plein volume et accompagnés de deux poussettes… C’est à vous donner des complexes. Pire encore, le grand- père de Zakaria Boualem explique souvent à notre héros que ce peuple, il y a quelques dizaines d’années, crevait de faim et venait quémander du boulot jusqu’à Guercif. Impossible à vérifier, mais énervant quand même. Et maintenant, ils sont champions du monde. Et Casillas qui fait des bisous à sa copine en direct, et l’étoile sur le maillot, et des bus qui défilent, et campeones, campeones, campeones… Y’en a même pas un dans cette équipe qui perde ses cheveux, c’est impressionnant. Il faut éviter leur consulat pendant au moins cinq ans, le temps qu’ils se calment. Les demandeurs de visa espagnol, habitués à l’humiliation verbale, vont sans doute devoir se munir désormais de casques pour amortir les coups sur la tête. Allez, Zakaria Boualem est fair- play. Félicitations à l’Espagne ! Il préfère finalement être fair-play parce que, comme annoncé il y a quelques semaines, il s’apprête à suspendre ses activités. Répétons-le : huit ans passés à émettre des avis définitifs et contradictoires l’ont un peu usé et persuadé qu’il était grand temps de se taire un peu. Convaincu d’avoir dit ce qu’il avait à dire, il vous salue. Mais avant, Zakaria Boualem souhaite remercier très sincèrement tous ceux qui ont bien voulu s’intéresser à ses écrits. A la prochaine, Inchaa Allah… |