N° 434
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Reportage. Le luxe selon Mazagan
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Tarik Hari

Reportage. Le luxe selon Mazagan

La station balnéaire du mastodonte sud-africain Kerzner a jeté son dévolu sur un terrain de 250 hectares. (TNIOUNI)

Moins d’un an après son ouverture, la deuxième station du
Plan Azur semble avoir gagné son pari, celui de devenir une destination de loisir haut de gamme. Visite guidée.


A une dizaine de kilomètres d’El Jadida, un petit coin de paradis niché sur la côte atlantique a vu le jour il y a quelques mois : Mazagan, la station balnéaire estampillée Sol Kerzner. Le mastodonte sud-africain de l’hôtellerie et du divertissement a en effet jeté son dévolu sur un vaste terrain de 250 hectares (dont seulement 20 sont construits), bordé
d’une plage de 7 km. Rien qu’entre l’entrée et la réception, il faut parcourir un trajet d’environ 3 km. Mais il faut dire qu’on ne s’ennuie pas : jardins parfumés, sculptures et parures ornent agréablement la voie. Une fois à l’intérieur, la pression des caméras de surveillance, parsemées depuis l’entrée jusqu’au parking, cède la place à une quiétude dépaysante. Dans ce complexe à l’architecture d’inspiration mauresque, l’alliance de tradition et modernité est érigée en credo. Chaque espace possède une identité, une couleur, une odeur et un concept. “Nous avons voulu que chaque compartiment soit différent de l’autre, afin que le client ne se lasse pas”, souligne Soumia Chraïbi, la directrice de la communication.

Du loisir en veux-tu en voilà
A lui seul, l’hôtel 5 étoiles compte 500 chambres et suites. Toutes offrent une vue sur le lagon, le golf, la piscine ou l’océan Atlantique. Le prix de la chambre varie entre 1 950 et 3 350 dirhams la nuit. Pour cette première année, “nous atteindrons un taux de remplissage de 60%, ce qui est très encourageant, surtout dans la conjoncture actuelle”, indique Soumia Chraibi. Derrière ce succès affiché, une équipe de commerciaux est à pied d’œuvre pour vendre la destination à l’international. Près de la moitié de la clientèle est étrangère, dont un tiers de Français.
Dispersés autour du hall, les dix restaurants proposent toutes les variétés de cuisines, avec une place de choix pour la gastronomie marocaine. Le plus célèbre est le Morjana. Des soirées avec des artistes populaires y sont organisées de temps à autre, dans un décor typiquement marocain. Hajja Hamdaouiya, Hajib ou encore Daoudi sont passés par là.
La clientèle d’affaires a aussi sa place dans le resort, qui a prévu un centre de conférence de 2000 m2 modulables. Mais c’est surtout sur les activités de loisir que les promoteurs de Mazagan ont, dès le début, mis le paquet. Ainsi, un golf de 18 trous, conçu par le légendaire Gary Player, avec un parcours en links, ondule le long de la plage et des dunes. “Le parcours de Mazagan est devenu une véritable destination pour les joueurs de golf”, assure le coach de l’académie de golf de Mazagan. Juste à côté, le Mazagan Spa permet de s’offrir ensuite quelques instants de relaxation, avec hammam oriental et soins traditionnels marocains. Les noctambules termineront la soirée dans une ambiance new-yorkaise au Sanctuary Night Club, mise en scène par Raymond Visan, le célèbre concepteur français de bars et restaurants branchés.

Faites vos jeux !
Mais l’activité phare de Mazagan, c’est bien sûr le casino. Plus de 400 machines à sous et 60 tables de jeu se répartissent entre la salle principale, qui accueille des joueurs de tous les niveaux, et le salon, réservé à une clientèle plus aguerrie ou en quête de discrétion. Effervescence garantie 23 heures sur 24, sur fond de musique R&B, digne des casinos de Las Vegas. Le restaurant et le bar assurent également le service jour et nuit.
Tiré à quatre épingles, le directeur du casino veille personnellement au bon déroulement des jeux. La cinquantaine, taille imposante et cheveux blancs, l’Italien John Galvani a écumé les grandes places de jeu mondiales avant d’atterrir au Maroc : Egypte, Liban, Afrique du Sud, Londres, Bahamas… Un fait l’a particulièrement frappé depuis son arrivée à Mazagan : les Marocains jouent très mal au black-jack. “Le but de ce jeu est de réduire la marge de perte pour rester le plus longtemps possible sur la table. Les joueurs marocains sont les premiers à quitter le jeu”, constate-t-il. Depuis sa table du bar-restaurant, John Galvani dispose d’une vue d’ensemble. Ses consignes sont respectées à la lettre. Chacun connaît très bien son rôle : les chefs de table inspectent la salle, les croupiers tout de noir vêtus sont en place, ouvrent des jeux de cartes neufs et décomptent des jetons. Au même moment, une armada de serveurs alimente les tables en eau plate et boisson énergétique.
Le personnel du casino a été trié sur le volet. Sur les 500 candidats sélectionnés, seuls 50 ont été retenus. “La majorité avaient un problème de calcul mental. Quand nous les avons soumis à un test de calcul rapide, tous se trompaient sur des opérations relativement faciles”, raconte le directeur du casino. Après deux mois de formation en calcul, les croupiers ont bénéficié d’une mise à niveau technique de trois mois.

Y a pas que l’argent qui compte...
En moyenne, le salaire des croupiers oscille entre 10 000 et 12 000 dirhams. “Nous leur garantissons un salaire minimum fixe et le reste est payé par les pourboires. Si ces derniers n’atteignent pas le seuil convenu, le casino paye la différence”, explique John Galvani. Pour éviter tout risque de vol, les croupiers sont soumis à un contrôle des plus rigoureux : caméras de surveillance, micros, chefs de table…
Les sommes mises en jeu sont parfois faramineuses. Récemment, un client a ainsi dépensé pas moins de 10 millions de dirhams durant son séjour. Un record qui n’arrive pas tous les jours. Mais par rapport à l’investissement initial, la machine tourne très bien, à en croire John Galvani. “Il n’y pas que l’argent qui importe, tente de nuancer le directeur. Mazagan est aussi un univers de loisirs, une nouvelle offre de divertissement”. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher une ambition sans limite : “Notre objectif est de donner au casino une renommée internationale. Nos concurrents ne sont pas les casinos de Marrakech ou de Tanger, mais ceux de Barcelone, Monaco ou Londres, parce que c’est là que se trouve l’argent”. John Galvani est conscient qu’un casino, c’est d’abord un réseau. C’est pour cela qu’il a engagé des agents afin d’attirer des joueurs haut de gamme du monde entier. Pour la clientèle marocaine, John n’en a pas eu besoin. Le bouche à oreille, sport national, a fait l’affaire.

Personnel. Le bon casting
Quelque 1200 personnes ont été recrutées par le groupe Kerzner pour faire tourner le Mazagan beach resort. Une caravane de recrutement a sillonné les principales villes du royaume pour dénicher les profils recherchés. La tâche n’a pas été facile, vu la pénurie de ressources humaines dans les métiers de l’hôtellerie et du tourisme. Plus de 14 000 entretiens ont néanmoins été menés. Originaires en grande partie d’El Jadida et Azzemour, les employés de la station ont bénéficié d’une formation-insertion afin d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans un resort de luxe. Une mise a niveau qui a mobilisé un budget de 12 millions de dirhams. L’effectif devra augmenter avec la deuxième phase de construction dont le démarrage est prévu en 2012.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés