N° 434
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari



Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Abdelbari Zemzmi à Al Ayam : “Mais, si le croyant est privé
de jouissance sexuelle au paradis, plus personne ne voudra
de ce paradis !”.


Le dernier avatar
L’Amérique, et plus spécialement Hollywood, vont apprendre à se méfier de notre beau royaume. Le Maroc leur a fait une belle offense puisqu’il doit être le seul pays au monde où Avatar a été battu par un petit produit local. C’est une humiliation sans nom. Le rouleau compresseur
Avatar a accumulé en fin de parcours un peu moins de 100 000 spectateurs. Pendant ce temps, Le Clandestin, petit budget de 5 millions de dirhams filmé et monté à la va-vite, atteint sa 9ème semaine avec un total de 120 000 spectateurs. Et il est toujours en course. L’été, saison creuse par excellence, la fermeture des salles, la concurrence du DVD pirate, la “crise” et tous les contretemps possibles et imaginables ne sont pas venus à bout de notre champion national. Saïd Naciri aura été plus fort que la 3D, sa comédie dégoulinante de bons sentiments et bricolée avec les moyens du bord aura vaincu la machine à effets spéciaux et la lourde artillerie marketing déployée autour d’Avatar. C’est bon pour le moral même si, question cinéma, tout cela est sans importance.

Paradis sexuel
J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le dossier de couverture de nos confrères d’Al Ayam. Il est dédié à ce qu’on peut appeler “le sexe au paradis” et on peut lire, en manchette : “Les organes génitaux n’existeront plus au paradis”. Cela prêterait à rire si le débat n’était alimenté de la contribution de prestigieux ouléma, dont Abdelbari Zemzmi. Le sujet est sérieux et même grave. Nos confrères nous révèlent, entre autres, que la motivation ultime des kamikazes du 16 mai est purement sexuelle. “Dans quelques secondes, vous irez droit au paradis et vous recevrez des vierges dont vous pourrez jouir éternellement”… Al Ayam a eu la bonne idée de confronter deux conceptions de ce qu’on appellera la vie intime au paradis : avec ou sans sexe. Un alem saoudien nous explique que de sexe, il ne saura être question puisque les musulmans seront des corps asexués au paradis. Notre Zemzmi national, jamais à court de munitions, contredit le théologien oriental avec cette phrase éclatante : “Mais, si le croyant est privé de jouissance sexuelle au paradis, plus personne ne voudra de ce paradis !”. On aurait tort de railler la teneur de ce débat-là. Comme nous le rappelle subtilement notre confrère arabophone, beaucoup de crimes et d’atrocités sont commis au nom d’Allah et, derrière, secrètement, du sexe garanti pour l’éternité. L’amour de Dieu et la quête du paradis ne sont, ainsi que le suggère le dossier réalisé par nos confrères, aussi forts que du moment qu’ils rapprochent le bon musulman du “cadeau” tant espéré. Et ce cadeau s’appelle le sexe, l’orgasme, la jouissance éternelle, la défloration de vierges immaculées… On aurait tort de croire que la promesse sexuelle fonctionne seulement comme un argument de drainage pour les futurs kamikazes. Cette promesse-là est dispensée plus généralement à nos enfants dans certaines écoles et via certains ouvrages. Elle fait partie intégrante de notre éducation et de notre environnement mental. Il est bon de la mettre à nu, de la confronter à l’esprit rationnel et de voir ce qu’il en reste.

Le PJD fait le MUR
L’événement politique de la semaine reste la grand-messe du MUR. L’association islamiste, qui sert de source nourricière au PJD, a tenu son congrès et renouvelé ses instances dirigeantes. Et elle a fait ce qu’on lui a longtemps demandé : son bureau ne comporte presque plus aucun poids-lourd du PJD. Le message est clair : “Vous nous reprochiez de mélanger religion et politique. En dégageant le PJD du haut du MUR, nous voilà vernis”. Ce message est pourtant un trompe-l’œil, sans plus. En feignant de s’éloigner du MUR, le parti islamiste montre patte blanche et cherche, au final, à protéger l’association. “Le MUR ne fait plus de politique, ne lui tapez plus dessus” : voilà ce que nous disent nos amis du PJD. Personne n’est dupe et surtout pas le PJD. Le parti islamiste sait qu’il tire sa force de son association, alors il la protège comme il protégeait hier encore son syndicat (UNTM) en donnant l’impression de les dépolitiser au maximum. La seule vérité établie, c’est que l’impact du PJD ne serait rien sans ses deux maillons forts que sont le MUR et l’UNTM.

 
 
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