| De Youssef Ziraoui “Je suis bigame et je l’assume” | Mostapha Ramid, dirigeant du PJD (AFP) | | | Antécédents | 1959. | Voit le jour à Sidi Bennour. | | 1974. | Intègre la Chabiba Islamiya. | | 1983. | Premier mariage. | | 1986. | Décroche son diplôme d’avocat au barreau de Casablanca. | | 2007. | Est élu député dans la circonscription de Aïn Chock. | | 2010. | Menace de démissionner du parlement. | | | Le PV On peut reprocher à Mustapha Ramid son ultra-conservatisme. Mais, s'il y a une chose qu'on ne peut pas enlever au natif de Doukkala-Abda, c’est sa cohérence et son style décapant. En 2002, le député PJD avait appelé à l’application du hûdûd, la loi de Dieu, qui consiste notamment à couper la main d’un voleur. Plus tard, il revient à la charge, niant la qualité de “Marocain” aux élèves de la mission. Un peu fort de café. Mais efficace, car cela lui permet de réaffirmer ses positions, en termes de valeurs. Ce qui lui vaut une popularité et un soutien sans faille des bases du parti. Et quelques anicroches avec le Pouvoir. En 2003, au lendemain des évènements terroristes, Ramid est invité par le secrétariat général du PJD à démissionner, sous la pression de l’Intérieur. Mais il saura rebondir. La preuve, en 2007, il est élu haut la main dans la circonscription de Aïn Chock. A la rentrée prochaine, ses camarades décideront s’il doit rempiler à la tête du groupe parlementaire du parti. Smyet bak ? Ahmed Ramid Smyet mok ? Aïcha Dehbi. Nimirou d’la carte? B 733565. Rentrons dans le vif du sujet : en tant qu’islamiste, êtes-vous pour l’application à la lettre de la Charia ? C’est vaste comme question… Concrètement, êtes-vous pour ou contre la peine de mort ? Je ne suis pas pour son abolition pure et simple. Que dire quand un meurtrier viole et découpe des enfants, comme cela s’est passé récemment à Taroudant ? Cela dit, je milite pour que les textes de loi restreignent l’application de la peine de mort. De quelle manière ? Il faut que les magistrats qui statuent sur une affaire décident unanimement de condamner à mort le prévenu, et quand un condamné a commis un meurtre, il faut que les ayants droit de la victime lui accordent leur pardon. Etes-vous pour ou contre l’avortement ? Il est halal dans certains cas, haram dans d’autres. En cas de viol ou de malformation, je suis pour sa légalisation, mais encore faut-il que le fœtus ait moins de 60 jours. Qu’en est-il de la vente d’alcool aux musulmans ? J’y suis totalement opposé. Pourquoi ça ? Parce que c’est haram dans l’islam, parce que l’alcool est source de nombreux crimes, meurtres et accidents de la route. Pensez-vous qu’il faut réviser le Coran ? Non, Dieu nous a envoyé le Coran, qui est un texte valable en tous temps et tous lieux. Mais, il faut renouveler sa lecture et sa compréhension. Etes-vous déjà allé en boîte de nuit ? Non, je n’y ai jamais mis les pieds, et si vous voulez tout savoir, je n’ai jamais bu une goûte d’alcool. Rassurez-nous, vous avez des défauts quand même ? Bezaaaf… Avez-vous déjà raté une prière ? Oui, à plusieurs reprises. Vous avez deux épouses. La polygamie, ce n’est pas difficile à gérer ? En tout cas, c’est certainement plus facile que d’avoir une épouse “légale” et une maîtresse. La première qualité chez un homme ? Sincérité et fidélité. Vous pensez que le PJD représente combien de Marocains ? Au moins 11% des votants lors des élections 2007. Oui, mais, sachant que le taux de participation était de 37%, vous ne représentez pas grand monde au final… Nous avons tout de même obtenu le plus grand nombre de votes. A quelle échéance pensez-vous intégrer le gouvernement ? Dieu seul le sait. Mais encore ? Il faut qu’il y ait une conjonction de facteurs favorables à cela : qu’il y ait des réformes constitutionnelles qui puissent permettre au gouvernement de mettre en place le programme pour lequel il a été élu, que le PJD arrive premier dans les suffrages, qu’il soit porté à la tête du gouvernement, ou, le cas échéant, que le Premier ministre nommé estime que le PJD peut intégrer le gouvernement pour faire bouger les choses… Il existe sur Facebook un compte au nom de Mustapha Ramid. Est-ce bien le vôtre ? Non, vous venez de m’apprendre l’existence de ce compte. Vous accepteriez de défendre Zineb El Rhazoui, co-fondatrice du Mali, à l’origine d’une tentative de rupture de jeûne pendant ramadan, si demain elle était arrêtée ? Il y a d’autres avocats prêts à la défendre. Supposons qu’elle fasse appel à vos services… Je refuserai. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle a fait, je pense que les Marocains ont d’autres préoccupations que de vouloir rompre le jeûne en public. Celui qui veut manger pendant ramadan, qu’il le fasse chez lui, dans la sphère privée, entre Dieu et lui-même. Si la police n’était pas intervenue à Mohammedia durant la tentative de rupture de jeûne, Zineb et ses acolytes auraient pu se faire lyncher. Vous avez comme clients des prisonniers salafistes. Vous vous faites payer en contrepartie ? Non, je ne reçois rien. Je précise que je ne défends pas les prisonniers qui ont commis des crimes de sang. Il paraît que vous êtes contre les missions françaises. Vous leur reprochez quoi exactement ? Je ne suis pas opposé aux missions, je suis contre le fait que des écoles étrangères dispensent un enseignement aux Marocains sans aucun contrôle de l’Etat. Pensez-vous qu’une institution marocaine pourrait enseigner dans un pays étranger dans ces mêmes conditions ? Croyez-vous aux “visions” de Cheikh Yassine, leader de la Jamaâ Al Adl Wal Ihsane ? Il a ses points de vue, et moi les miens. Il a ses fidèles, moi, je n’en suis pas. Où étiez-vous le jour où Hassan II est mort ? Vers midi, j’étais avec les docteurs Khatib et Othmani au domicile de Driss Basri, à l’époque ministre de l’Intérieur. Nous discutions de l’élection de Miss Maroc qui allait être diffusée sur la chaîne 2M. Nous n’avons appris le décès de Hassan II qu’après la prière. Le soir, nous nous sommes rendus au palais pour présenter nos condoléances. Qu’avez-vous ressenti ce jour-là ? J’ai prié pour que la miséricorde accompagne son âme dans l’au-delà. En 2003, vous vous en étiez pris aux jeunes musiciens accusés de satanisme. Avec du recul, pensez-vous avoir commis une erreur ? Je vous invite à relire les déclarations que j’ai faites à l’époque. Je disais que ces jeunes devaient être jugés équitablement. A mon niveau, je ne pouvais ni les condamner ni les innocenter. Vous aviez tout de même appelé à l’interdiction d’un concert où certains des accusés avaient été invités à se produire… Jamais, c’est la première fois que j’entends parler d’un tel événement. Vous avez récemment accueilli le Cheikh El Karadaoui à votre domicile. Vous avez refait le monde autour d’un verre de thé… à l’absinthe ? Je l’ai surtout invité en tant que président du Forum de la vérité et des droits de l’homme, et nous avons longuement discuté de sa vision des relations entre l’Etat et les islamistes à travers le monde. Vous supportez quel club marocain ? Le meilleur ! Votre humoriste préféré, c’est qui ? Ahmed Senoussi. Votre rêve absolu ? Le paradis inchallah. | |