N° 434

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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Tendance. Le culte du corps

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Architecture. Ils ont bâti le Maroc du XXème siècle




Par Tarik Hari



Tendance. Le culte du corps

La chasse aux bourrelets fait le bonheur des salles de gym, dont la fréquentation a explosé. (AFP)

L’époque où il fallait afficher une silhouette grassouillette pourséduire est révolue. La fièvre de la minceur a gagné les Marocains. Le point sur un phénomène de société qui va grandissant.


A 18 h30, après une longue journée de travail, Imane court directement à sa séance de sport. Cette cadre de banque casablancaise va passer une heure à transpirer sur les machines de sa salle de gym. “En été, j’augmente le rythme pour perdre les quelques kilos que j’ai amassés
pendant ces derniers mois”, lâche-t-elle. Fini le temps où beauté rimait avec corpulence. Aujourd’hui, avoir le ventre rond, exhiber des bourrelets ou traîner des kilos inutiles devient mal vu dans une société qui ne tolère plus les capitons. En témoigne la frénésie avec laquelle certaines femmes - et hommes, de plus en plus - traquent leur gras. “Les Marocains prennent conscience de leur corps. Avoir une taille mince est d’abord un signe de santé et de bien-être”, indique Bahia Ouazzani, médecin spécialiste de l’amincissement.

Tous les moyens sont bons
Pour perdre du poids, ce ne sont pas les formules qui manquent : clubs de fitness, régime alimentaire, chirurgie esthétique… Mais ce sont les salles de gym qui ont le plus profité de cette fièvre de la minceur. A en croire leurs responsables, la demande n’a cessé d’augmenter ces dix dernières années. Il n’y a pas de statistiques en la matière, mais, selon les professionnels, il existe une vingtaine de clubs haut de gamme destinés à une clientèle aisée. A côté de cette catégorie, une multitude de clubs de sport ont ouvert, visant le plus souvent les petites et moyennes bourses. Jouant sur la corde sensible des “obsédés” du poids, les salles de fitness ont introduit le concept “circuit minceur en 30 minutes” qui existe déjà en France et aux Etats-Unis. Il s’agit d’un entraînement efficace qui alterne des exercices d’aérobic et de résistance musculaire durant une demi-heure, à raison de deux à trois séances par semaine. Fait notable cependant, il y a unanimité sur le fait que les femmes constituent la majorité des adhérents. “Les femmes représentent environ 70% de notre clientèle. C’est en effet chez la gent féminine que l’on sent une certaine rigueur et de la détermination à perdre du poids”, indique le directeur d’une salle de sport à Casablanca. C’est pourquoi cette clientèle est au cœur de la stratégie commerciale des clubs. “On vise les femmes actives parce qu’elles sont très sensibles à la question de la minceur. Et aussi parce qu’elles sont plus solvables que les hommes”, ironise la directrice marketing d’un club de fitness.
Lancés il y a quelques années, les centres d’amincissement font également l’objet d’un véritable engouement. “La demande a explosé ces dernières années. Les gens ont compris que pour perdre du poids, il faut un accompagnement”, lance Bahia Ouazzani, qui dirige un centre d’amincissement à Casablanca. D’ailleurs, d’après la spécialiste, les régimes alimentaires sont dépassés. Aujourd’hui, on parle de réglage alimentaire et de remodelage corporel : “Nous apprenons aux gens comment manger, car, après tout, c’est le mode de vie qui détermine le poids de chaque personne”, poursuit la directrice.

Gare à l’arnaque
Car les régimes excessifs, on le sait, peuvent s’avérer nocifs pour la santé. “La perte rapide de kilos n’est pas un bon signe. Un régime déséquilibré ou à très basses calories, quand on l’arrête, engendre une reprise des kilos perdus sous forme de graisse”, prévient le docteur Abdelilah Bennani, spécialiste en nutrition. Pire, le marché de la minceur a ouvert l’appétit à des “investisseurs” de tout bord, qui n’ont parfois rien à voir avec la profession. Ainsi, sous l’enseigne “centre de beauté”, il n’est pas rare de se voir proposer des formules minceur. “Malheureusement, il n’y pas de statut pour les centres d’amincissement. De fait, vu la demande accrue, certains intrus font de cette activité leur gagne-pain. Même les hammams s’y mettent, alors qu’il s’agit d’une discipline médicale qui nécessite une formation et une expertise”, tonne Bahia Ouazzani.
Mais le plus risqué reste sans conteste le recours à la chirurgie esthétique. De temps à autre, certaines cliniques sont le théâtre de drames qui lèvent le voile sur le danger, parfois mortel, de se livrer aux mains de praticiens peu scrupuleux. “Tout le problème vient du fait que plusieurs médecins font de la chirurgie plastique sans être des spécialistes. Certains vont jusqu’à revendiquer cette spécialité sur leur carte de visite ou leur site Web, sans être inquiétés”, explique Kamal Iraqi Houssaïni, président de la Société marocaine de chirurgie plastique.
Les tarifs des cliniques marocaines, bon marché comparés aux prix des interventions en Europe par exemple, ont encouragé une nouvelle forme de tourisme esthétique. Ces dernières années, la clientèle étrangère n’a cessé d’augmenter. Néanmoins, la chirurgie plastique est encore peu développée au Maroc par rapport à des pays comme la Tunisie, l’Egypte ou le Liban. “L’effet de mode fait qu’on en parle beaucoup, mais cela ne reflète pas la réalité. En moyenne, un plasticien ne fait pas plus de deux interventions par jour”, assure Kamal Iraqi Houssaïni.

Business. Le malheur des uns…
Le marché de la minceur a logiquement suscité l’intérêt d’entrepreneurs qui ne lésinent pas sur les moyens. Ainsi, une salle de sport haut de gamme peut nécessiter un investissement allant de 5 à 15 millions de dirhams, selon la superficie, l'aménagement et l'emplacement des locaux. La franchise reste le modèle en vogue dans ce business. Des enseignes comme Moving, Body gym, Garden gym ou encore le Plazza se multiplient. Et ces entrepreneurs savent très bien que la rentabilité de leur investissement est assurée. Les prix d’un abonnement annuel dans cette catégorie de clubs varient en effet entre 8 000 et 12 000 dirhams. Les salles de sport ciblent essentiellement les cadres supérieurs. Preuve en est du grand nombre de centres ayant élu domicile à Sidi Maârouf, zone d'affaires casablancaise par excellence. Pour quelques milliers de dirhams de plus, les moins sportifs opteront pour la chirurgie esthétique. Les tarifs sont fixés par le médecin et dépendent de la nature de l’intervention. À titre indicatif, le prix d’une liposuccion du ventre oscille entre 12 000 et 25 000 dirhams. “Contrairement aux idées reçues, la chirurgie esthétique n’est pas chère par rapport aux autres interventions médicales”, indique Kamal Iraqi Houssaïni, président de la Société marocaine de chirurgie plastique.

 
 
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