| Par Hicham Oulmouddane Livre. Un écrivain nommé Oufkir | Historien de formation, Raouf Oufkir signe son deuxième roman. (DR) | Avec Kahena, la princesse sauvage, Raouf Oufkir retrace l’histoire romancée mais vraie de cette reine berbère qui a symbolisé la résistance de l’Afrique du Nord face à la conquête arabo-musulmane. Sept ans après Les Invités, livre exutoire décrivant son embastillement et celui de toute sa famille après le putsch raté de son général de père, Raouf Oufkir signe Kahena, la princesse sauvage, premier tome de L’Impératrice des songes, une saga en deux volumes publiée aux | | éditions Flammarion. De la légendaire Carthage aux somptueux palais du Caire, en passant par Damas et Alexandrie, Raouf Oufkir nous plonge au VIIème siècle dans un univers d’intrigues et de guerre, au fil d’un récit romancé mais aux faits historiques avérés. “J’ai tenu à ce que les notes de bas de page accompagnent le lecteur tout au long de l’histoire”, souligne l’auteur. Titulaire d’un DEA d’histoire à l’Université de Paris VIII, Raouf Oufkir, de retour au Maroc, a pris six ans pour coucher sur le papier cette fresque qui se fonde sur les écrits des plus grands historiens arabes comme Ibn Khaldoun, Al-Tabari ou El-Bakri. “J’ai écrit ce roman en grande partie à Marrakech, en regardant les montagnes enneigées du Grand Atlas”, commente Raouf Oufkir. On y apprend comment le calife Othman décide de conquérir le “Couchant” en faisant fi du testament politique du Calife Omar, qui avait exhorté les musulmans à ne pas s’aventurer en Berbérie, et comment la princesse Dihya, dite “La Kahena”, devient la personne clé pour contrer cette invasion. Un destin au féminin Reine de Berbérie de 689 à 705, Dihya est la fille des Jawara, vaste confédération de tribus juives formant avec leurs alliés chrétiens un puissant royaume voisin de Carthage. Sa naissance dans une forteresse de Bagaia (Est algérien) a lieu dans la douleur. Sa mère, la reine Zimma, meurt en lui donnant le jour, ce qui lui vaut le rejet de son père, le roi Tabet. C’est à la sœur du roi, la princesse Nara, que va incomber l’éducation de la petite Dihya… Jeune fille, elle fera plusieurs prémonitions qui se réaliseront, d’où son surnom, “la Kahena”, qui signifie “la devineresse”. Après une éducation spartiate, elle partira reconquérir le trône de son père après sa mort et réussira à liguer les confédérations et les tribus d’Afrique du Nord pour tenir tête à ces redoutables conquérants venus des contrées arides d’Arabie. Pour pimenter l’intrigue, l’auteur fait la part belle à la rencontre de Dihya avec Koceïla, jeune roi chrétien de l’Aurès occidental, avec lequel elle connaîtra l’euphorie du grand amour. Ensemble, ils chasseront momentanément les Arabes de Kairouan, première ville musulmane en terre berbère, fondée par le général Okba Ben Naafi. Ils y règneront pendant six années d’une paix fragile. La marche du siècle Si le roman dépeint une partie de la conquête du Maghreb, l’auteur raconte en filigrane la genèse politique de ce projet qui va façonner à jamais l’histoire du monde arabo-musulman. L’auteur multiplie les allers-retours entre la Berbérie et une Arabie en proie à une lutte de pouvoir sanguinaire après la mort du prophète Mohammed. C’est à un voyage dans un pan méconnu de notre passé que nous convie Raouf Oufkir. Un épisode selon lui “falsifié par les penseurs du panarabisme, aux yeux desquels les Berbères n’ont existé que depuis l’arrivée de l’islam et sont donc voués à être arabisés par tous les moyens”. La Reine guerrière, second volume de la saga, paraîtra au mois de septembre. Kahena, la princesse sauvage, par Raouf Oufkir, éditions Flammarion, 350 pages, 270 dirhams | |