N° 434
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

So long, ZB...
Comme Paul le poulpe, Zakaria Boualem, après un intense effort pour prévoir le destin du monde, part en congé biologique à durée indéterminée. Il est comme ça, le Boualem. De temps en temps, il faut qu’il hiberne, et on ne sait jamais au juste quand il refera surface. La semaine dernière, il vous en a informé, chers lecteurs, avec une remarquable économie de mots et d’émotions. On n’en attendait pas moins du rude et pudique Guercifi qu’il est. Les adieux larmoyants, les “Ce n’est qu’un au revoir, mes frères”… clairement, ce n’est pas son truc. Il reviendra peut-être, un jour. Des centaines d’emails de supplications de ses fans inconsolables y contribueront peut-être (à bon entendeur…) A partir de cette semaine, le grinçant Wilcoume est de retour – et il compte bien, lui, rester. En bon Marocain, râleur et agressif (surtout que ramadan approche– nari !), il va vous en faire entendre, des vertes et des pourries. Accrochez-vous ! TelQuel

Oum Kalthoum ne passera pas par moi
“Les disques de Oum Kalthoum ne meurent jamais”, signale un pilier de bar à son voisin de comptoir. Les yeux fixés sur une télé orientale qui passe un concert de la diva égyptienne, il chantonne faux, la voix pâteuse, aussi doué pour les mélopées orientales qu’une scie circulaire. Ce n’est pas ça qui l’arrête, le pilier de bar a un air entendu, sûr d’être un chantre du bon goût même s’il a une voix de crécelle. Forcément, puisque c’est de Oum Kalthoum qu’il s’agit. On ne parle pas de la chikha du coin, plutôt de la
Madonna des Arabes, divinisée par la oumma arabiya de Tanger jusqu’à Masqat, la capitale d’ Oman. La Ligue Arabe, perdue dans ses querelles byzantines, est d’ailleurs d’accord sur au moins un point : Al Qods n’est pas la seule cause sacrée, loin s’en faut. Il y a aussi Oum Kalthoum. Avec elle, aucun ijtihad n’est permis, pas d’hérésie possible. Tout ça, le voisin du fan aviné de la diva le sait. La déesse égyptienne n’est pas sa tasse de thé (surtout qu’il ne boit pas de thé), pourtant il ne l’avouera jamais en public car il passerait pour un hérétique. Cette discrétion, il l’avait déjà en privé avec son père, qui lui racontait avoir dormi devant l’Olympia, dans les années 1960, pour vénérer Oum Kalthoum à l’affiche de la célèbre salle parisienne. A l’époque, il est resté sur son quant à soi face à son paternel, se censurant pour ne pas lui éructer à la face le fond de sa pensée. Un copier-coller des Doors : “Father, I want to kill you ! Mother Kalthoum, I want to…” Ce n’est donc pas confronté à un inconnu dans un bar qu’il livrera le fond de sa pensée, inaudible pour de vertueuses oreilles. Il a respecté sa famille comme un bon fils, il admet donc aujourd’hui le dogme officiel à l’instar d’un croyant de façade englué dans son hypocrisie. Et pourtant, le mouchoir de la diva recueillant sa sueur céleste, ses trémolos ponctuant des couplets devenus sacrés, et la liturgie qui l’accompagne… tout cela lui évoque la chose la plus profane au monde : un bâillement d’ennui. Il trouve la déesse des Arabes aussi sexy qu’une finale de Coupe du monde Arabie Saoudite-Qatar. Et comme un malheur ne vient jamais seul, elle joue toujours les prolongations. Car, pour paraphraser la formule de Woody Allen sur l’éternité : Oum Kalthoum, c’est très long, surtout vers la fin…

10 millions de canards
Un jour, le Maroc a décrété qu’il recevrait 10 millions de touristes en 2010. L’essor économique du pays passait par là : offrir à qui en voulait bien 365 jours de soleil, 3500 kilomètres de plages et une tradition millénaire. Pour le soleil, pas de souci, il se vend comme des petits pains, comme le sable doré de n’importe quelle contrée exotique. Par contre, à vouloir privilégier la quantité à la qualité, le Maroc est recalé pour la découverte de son prochain. Agadir en est le meilleur exemple. On croyait y avoir vu le pire en termes de désintérêt pour la culture locale : les Allemands en short. Ils vivent dans des hôtels bunker et n’ont qu’un lointain rapport avec le peuple qui a donné à l’humanité Goethe, Franz Beckenbauer et Nina Hagen. Et puis, un jour de juillet 2010, on a découvert le pire du pire : l’employé français en congés payés. Tous les jours, à la même heure, il dodeline du popotin au bord de la piscine sur “La danse des Canards”. Entre deux trémoussements de fesses, il commande du mauvais rosé en carafe à des serveurs serviles comme des moutons. C’est le seul échange qu’il a avec “les indigènes”. Entre étable et basse-cour, pour l’interculturel on repassera…

 
 
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