| Par Karim Boukhari | Karim Boukhari k.boukhari@telquel.info (DR) | Dans un pays longtemps maté, prenez un flic et collez-lui une arme ou un bâton sur le côté et vous basculez dans la terreur. Nos amis, nos adversaires La rubrique “interrogatoire” témoigne assez bien de l’évolution de l’esprit général de ce magazine. Elle nous offre l’opportunité de dresser un premier bilan, tout simple, entre amis. La semaine dernière, l’invité s’appelait Mustapha Ramid, du PJD. Cette semaine-ci, la dernière de la saison, c’est “Abdelkader X”, un policier de base, qui a accepté de se | | plier à la règle des questions-réponses. Si cela ne tenait qu’à nous, on aurait bien aimé inviter des gens comme Abbas El Fassi, Abdeslam Yassine, Abdelilah Benkirane, Fouad Ali El Himma, Yassine Mansouri, Hassan Bouhemmou, Mounir Majidi, le juge Serhane, etc. Toutes ces personnes, et bien d’autres encore, font l’actualité marocaine. Elles constituent, de ce fait, une bonne matière pour les journalistes que nous sommes. C’est en cela et pour cela qu’elles nous intéressent et qu’elles continueront de nous intéresser. Inviter ces personnes ne fait pas d’elles des amies, les ignorer, ce qui n’est pas toujours un choix volontaire, ne fait pas d’elles des ennemies non plus. TelQuel a ses idées et sa ligne, que vous connaissez sans aucun doute. L’un des moyens de mettre en avant la “ligne” du magazine est de la confronter, justement, à ceux qui en paraissent si éloignés. Même si le recul n’est pas nécessairement suffisant, on voit bien les premiers résultats. Le “monstrueux” Ramid est un personnage cohérent. Ce n’est ni l’épouvantail ni le diable annoncé, plutôt Monsieur tout le monde, un bon père de famille à l’ancienne avec une barbe plus fournie que la moyenne nationale. Il est peut-être marié à deux femmes, ce qui représente à nos yeux un archaïsme certain. Mais il se défend, il se tient, il est représentatif d’une certaine idée du Maroc. Il a, pour reprendre une terminologie propre aux islamistes, sa religion et nous la nôtre. Il ne s’est pas trahi en nous parlant. Et nous ne nous sommes pas trahis en lui ouvrant la porte. Le policier Abdelkader (un faux nom que l’on a choisi pour préserver l’anonymat de notre homme) est une petite représentation de l’Etat en ce qu’il peut avoir de plus violent. Dans un pays longtemps maté, prenez un flic et collez-lui une arme ou un bâton sur le côté et vous basculez dans la terreur. On a été élevés comme ça, telle est notre culture. Abdelkader est peut-être ce moustachu qui nous a arrêtés, un jour, en se planquant derrière un stop. C’est peut-être lui que l’on a fini par soudoyer un soir, pour éviter qu’il ne traite la femme à nos côtés comme une vulgaire fille de la nuit. Abdelkader est bien au centre de notre quotidien, de nos souvenirs, de notre éducation et de tout notre environnement mental. A travers lui, c’est le rapport du Marocain moyen à la police et à l’autorité que l’on sonde tranquillement, voire joyeusement. Et ce Abdelkader-là, débarrassé de sa tenue de travail, avec ou sans moustache, n’est pas plus bête ou plus méchant que Monsieur tout le monde. Comme vous pouvez le lire en p.6, lui parler nous a fait du bien. A nous comme à lui, en vérité. Ping-pong C’est le marronnier de la saison : “Que fais-tu de tes vacances ?”. A croire que tout le monde arrête de travailler en août. A croire, aussi, que ceux qui ne travaillent pas ont déjà réservé une semaine de farniente aux Bahamas. A la question des vacances, que l’on subit de plein fouet depuis l’arrivée des premières chaleurs de l’été succèdera, dans quelques jours, celle du ramadan. Evidemment. On vous donnera du “Alors, tu fais comment avec le ramadan, qui gagne de vous deux, c’est toi ou c’est lui ?”, et vous donnerez du “Ça va, ça va, hamdoullah”. Votre téléphone portable explosera devant la pluie de sms groupés qui s’abattra sur vous. Ça sera les mêmes questions et les mêmes réponses tous les jours, plusieurs fois par jour. C’est comme une partie de ping-pong, il n’y a pas vraiment de vainqueur, juste du jeu, beaucoup de transpiration pour rien. Et ça ne développe même pas les muscles de l’avant-bras… |
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