N° 435-436
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
WILCOUME au plus beau pays du monde

Ramadan en solitaire
L’offre des produits de première nécessité sera garantie pendant le mois de ramadan, vient d’affirmer le ministre délégué chargé des Affaires économiques et générales, Nizar Baraka. L’approvisionnement est “sécurisé”, a tenu à ajouter en Une un quotidien économique de la place. Tout est dit. Nizar Baraka, quasi-vice-Premier ministre, monte au front pour rassurer la panse des Marocains. Dans la foulée, les journaux recyclent un vocabulaire de guerre qui n’aurait pas dénoté à Fallouja. C’est que ramadan est une affaire d’Etat, un dossier chaud, encore plus que le dialogue social et ce 1er mai annoncé chaque fois comme explosif et qui n’explose jamais. Ainsi, tous les ans, une commission interministérielle (excusez du peu) travaille d’arrache-pied pour assurer “l’abondance”. On comprend tout à fait qu’on ne rigole pas avec la bouffe chez nous. Sujet sérieux en temps ordinaire, il devient sacré pendant le mois de diète. Cela dit (excusez-nous familles nombreuses, familles heureuses), mais l’abondance d’huile, de farine et de lait, ça ne parle pas aux célibataires. Ces “produits de première nécessité” lui sont aussi utiles que des tongs à un cul-de-jatte. Il ne fera jamais frire du poisson parce que ça empesterait son studio. Il risque encore moins de faire du pain maison à la manière de sa maman. Et du lait, il n’en boit plus depuis ses cinq ans. Il a bien tenté un jour de renouer avec ces classiques de la vie de famille, histoire de faire comme les autres. Il s’est ainsi retrouvé un dimanche d’ennui à pousser un
caddie à Marjane. Il s’est vite perdu dans un labyrinthe de rayons, en terra incognita, littéralement lost in translation. Il n’a d’ailleurs jamais trouvé cette mystérieuse huile, cette farine légendaire et encore moins ce lait de l’enfance. Alors, en désespoir de cause, il s’est rabattu sur un terrain balisé et archi-rebattu : le rayon spiritueux. A J-12 de la panne sèche, d’un tsunami d’huile, d’une avalanche de farine et d’une crue de lait, un célibataire se rassure comme il peut…

Délocalisation de l’amour
Le secrétaire d’Etat à l’Emploi français, Laurent Wauquiez, veut lutter contre les délocalisations des centres d’appels hors de France, et notamment au Maroc. Le projet a créé un vent de panique chez les décideurs économiques du royaume. Il y a de quoi, le secteur engrange chaque année plus de 3,5 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et emploie plus de 30 000 personnes. Un chiffre qui devrait être porté, selon nos responsables, garants du bien-être économique du royaume, à 70 000 emplois. ça, c’est du macro-économique rassurant pour tout quotidien financier en mal de chiffres. Pour le micro, à l’échelle lilliputienne d’un homme en mal d’affection, le projet de Laurent Wauquiez risque d’affecter la vie galante des clients de lieux nocturnes. Parmi ces 30 000 employés, il y avait beaucoup de filles qui, par la grâce de la délocalisation d’emplois, s’étaient retrouvées pourvues d’un pouvoir d’achat. Elles pouvaient vendre leur bac + 2 obtenu dans des boîtes à diplômes à la chaîne, en tirer un salaire à peu près décent. Elles avaient enfin de l’argent en poche. Elles pouvaient même vous payer un ou deux verres pour vous prouver qu’elles étaient des femmes libérées. Et c’est pas si facile comme le dit la chanson. Sans vous le chantonner au creux de l’oreille, car elles avaient de la pudeur, sachant que les verres prochains seraient pour vous, ancienneté professionnelle oblige. A cause d’un ministre protectionniste, les hommes marocains en mal de tendresse vont devoir se coltiner leur solitude. Accepter l’effet papillon d’une décision d’Etat, prise au-delà du détroit de Gibraltar, et qui aura un impact néfaste sur leur vie sentimentale, éloignant inexorablement les filles des soirées mixtes. Un battement d’aile populiste à Paris vous nique sûrement toute rencontre galante à Casablanca. Et vous laisse penaud, dans un bar, au milieu de mâles et de femelles aux amours tarifées. Sans fille désirant vous consommer juste pour ce que vous êtes. Pas merci Laurent Wauquiez…

Yo pastèque !
Passé les grands festivals de l’été, cette fameuse musique urbaine dont on nous rebat les oreilles ne masque plus la vérité. Le pays sent en réalité la paysannerie à plein nez. On y fête plus souvent les fruits et légumes que de vagues groupes de rap ou de fusion. C’est ainsi que le festival des noix du Haouz à peine achevé, s’ouvrait le festival de la pastèque de Bahhra Oulad Ayyad. On s’imagine qu’il doit y avoir, dans une autre contrée perdue, un festival de la courgette. Un truc bien rural sans flow ni guitare électrique à l’horizon.

 
 
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