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N° 177
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Par Ahmed R. Benchemsi

Le discours et la méthode
(Notre roi a probablement de multiples dons, mais pas celui de communiquer)

Mohammed VI n'est pas doué pour les discours. Ça fait six ans qu’on se retient de le dire, craignant (vaguement) d’attenter à une quelconque sacralité. Mais être sacré ne veut pas dire être infaillible. Notre roi a probablement de multiples dons, mais pas celui de communiquer. Son dernier discours, délivré mercredi 18 mai, en a donné une nouvelle illustration. D’abord, Mohammed VI lit ostensiblement des feuilles de papier posées sur son bureau, les yeux baissés. Il ne les lève que fugacement, à la fin de chaque paragraphe. Et Dieu que ces paragraphes sont longs et qu’il faut s’accrocher pour les suivre ! De grâce, Messieurs les rédacteurs des discours, faites des phrases courtes et percutantes, et conseillez à Sa Majesté d’abandonner ses feuilles et de regarder son peuple (c’est-à-dire la caméra) dans les yeux. Convaincre 30 millions de personnes, cela vaut bien le coup d’apprendre un texte par cœur, et de "jouer" un peu. Les chefs des plus grands états le font, et s’ils ne sont pas à l’aise devant une caméra (c’est le cas de beaucoup), ils font appel à des coachs pour les aider à surmonter leur gêne. Pourquoi le nôtre ne ferait-il pas pareil ? Au minimum, il y a les prompteurs. Tous les présentateurs de journaux télévisés en ont un, ce qui leur permet de lire un texte préparé sans quitter le téléspectateur des yeux. Le roi, en plus, a l’avantage du différé (le discours de mercredi, délivré à 20h30, avait été enregistré à 18h) – ce qui lui permet de refaire les prises tant qu’elles ne sont pas bonnes. Zéro risque, bénéfice maximum…
Parlons maintenant du fond. Mercredi dernier, Mohammed VI a annoncé, solennellement, le lancement de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Il s’agit, en gros, de remettre à niveau 350 communes rurales et 250 quartiers périurbains, tous ravagés par la pauvreté. Formidable ambition, franchement. Mais comment la réaliser ? Pour préparer un plan d’action, le roi a donné 3 mois au Premier ministre. Or, l’équipe rapprochée de ce dernier n’était au courant de rien avant le discours, non prévu sur le calendrier et annoncé 48 heures à l’avance. Que dire, alors, des différents ministres – et notamment celui des Finances, qui va s’arracher les cheveux pour débloquer un budget gigantesque sans toucher aux impôts (c’est le roi qui l’a dit)… Messieurs, vous avez trois mois, top chrono. Rompez !
Curieuse méthode, tout de même. Dans les pays normaux, le chef de l’état travaille en bonne intelligence avec le gouvernement, et une fois que tout est prêt, il annonce la bonne nouvelle. Chez nous, le roi a une idée, il la garde pour lui jusqu’à la dernière minute, puis il balance publiquement la patate chaude au Premier ministre, qui n’a d’autre choix que de s’incliner devant les instructions royales – et de clamer, pour faire bonne mesure, qu’elles sont l’expression même du génie. Et on dit que l’esprit Makhzen est en régression…
Enfin… L’INDH est sans doute une idée généreuse, mais tout ce qu’on en sait, pour l’instant, c’est le discours royal qui l’a annoncée. Un discours plutôt lénifiant, révélateur de surcroît d’un problème de gouvernance. Restez optimistes, après ça…

 
 
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