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N° 277
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

“La liberté sexuelle est un droit de l’homme”

Antécédents
Abdelkader Lagtaâ
Cinéaste
(AIC PRESS)

1948. Naissance à Casablanca.
1968. Rencontre sa future femme en Pologne.
1982. Naissance de son fils.
1992. Sortie d’Un amour à Casablanca.
2007. Sortie de Yasmina et les hommes.

Smyet bak ?
Ahmed Ben Mohamed.

Smyet mok ?
Tamou Bent Brahim.

Nimirou d’la carte ?
Je ne m’en souviens pas. Et impossible de vérifier car je me suis fait voler ma carte d’identité il y a 2 ans.

Si vous ne l’avez pas renouvelée, c’est que vous devez être exempté des affres du contrôle d’identité…
En général, les policiers me reconnaissent dans la rue comme à la douane. Certains douaniers me demandent même des nouvelles du dernier film. D’autres me reprochent de ne pas montrer leur profession au cinéma.

Un douanier serait-il moins télégénique qu’un flic ?
Ni plus ni moins. La question est ailleurs. Un réalisateur marocain n’a jamais les mains libres quand il désire créer un personnage de flic. On vous demande de présenter une image édulcorée et lisse de la police. En bref, de nier la réalité. Je ne doute pas du fait qu’il existe des policiers honnêtes, mais l’une des fonctions d’un film est de dénoncer ce qui ne va pas.

Pourtant, vous avez fait appel à de vrais gendarmes dans votre film La porte close.
Oui, mais non sans mal. J’ai dû apporter des modifications à une scène pour obtenir leur collaboration. Dans l’un des dialogues du film, un gendarme avait notamment une réplique anodine où il disait “hadak khayna”. On m’a demandé de remplacer “khayna” par “mouwatine”, sous prétexte qu’un gendarme était forcément très poli avec ses concitoyens. En plus, des gradés étaient présents pour surveiller le tournage de la scène, afin que je ne rajoute aucune réplique non prévue.

On ne vous savait pas si conciliant avec les autorités…
Je les ai laissé faire, car j’avais besoin de costumes de gendarmes dans le film. Je savais déjà, en filmant cette scène, que je couperai les dialogues au montage pour n’utiliser que les images.

Ces gendarmes savaient-ils qu’ils participaient à un film traitant de l’homosexualité ?
Non, bien évidemment. Mais ils ont dû l’apprendre quand La Porte close a été censuré. La raison officielle : “Certaines scènes portent préjudice au métier d’instituteur”. En réalité, mon film n’a pas eu la chance de porter préjudice à qui que ce soit, puisque les exploitants de salles de cinéma ont refusé de le diffuser, sous prétexte que leur public était familial.

Dans votre bouche, traiter de l’homosexualité sonne comme un droit de l’homme.
Bien entendu. Le fait même d’être homosexuel est un droit. Cela ne rime à rien de parler de démocratie en construction, si on nie le droit à la différence pour les minorités sexuelles. C’est également une ligne rouge qu’il nous faudra franchir un jour.

Dans ce cas, vous devez jubiler devant le coming out de l’écrivain Abdallah Taïa.
Je suis très heureux de le voir assumer sa différence. C’est un acte de courage qui inspirera sans aucun doute d’autres personnes. J’admire cet homme que je dois d’ailleurs rencontrer, pour la première fois, la semaine prochaine.

Et la liberté sexuelle des femmes dans vos films, c’est un droit de l’homme aussi ?
Oui. Mes personnages féminins ne sont pas des femmes asexuées. Je respecte l’intégrité de leur personne en les montrant comme des personnes ayant une sexualité active. J’aime les filmer car elles sont un excellent thermomètre des contraintes de notre société et de l’évolution en cours.

En franchissant ces lignes rouges sexuelles, est-ce la sortie de route assurée au Maroc ?
Oui. Et tant que l’islam sera religion d’Etat, je resterai pessimiste quant à la possibilité d’accepter les différences et d’atteindre une véritable liberté d’opinion.

 
 
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