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N° 287
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Par Ahmed R. Benchemsi

Le procès de la darija

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Nichane a été saisi, TelQuel détruit, et leur directeur accusé d'avoir “manqué de respect au roi”. En cause : son dernier éditorial rédigé en marocain, une langue estimée vulgaire en soi. Ahmed Benchemsi revient sur un profond malentendu, résultat d'un décalage culturel, générationnel… et idéologique.


À l'heure où TelQuel passe sous presse, je ne connais pas encore le verdict, ni même les peines requises contre moi par le procureur du roi. J'ai néanmoins eu l'occasion de m'expliquer longuement devant le juge, le 24 août, et de répondre à mon accusation de “manquement au
respect dû au roi”, qui peut me valoir jusqu'à 5 ans de prison.

Cette accusation m'avait été adressée, pour rappel, en épilogue d'un interrogatoire marathon (20 heures chez la police, 5 heures chez le procureur), le week-end du 4-5 août 2007. Ce week-end-là, 50 000 exemplaires de Nichane avaient été saisis sur ordre du Premier ministre et 50 000 exemplaires de TelQuel détruits à l'imprimerie, alors qu'ils étaient en cours de façonnage, sur ordre du ministre de l'Intérieur. Une perte sèche de plus d'un million de dirhams pour le groupe TelQuel, que je dirige. Les deux magazines avaient reparu une semaine après les faits, amputés de leur éditorial commun, qui était à l'origine de ce rodéo rocambolesque.

Intitulé “Majesté, que dites-vous là ?”, cet édito proposait une réflexion sur le système politique marocain, à travers une lecture analytique du dernier discours du trône prononcé par le roi Mohammed VI le 30 juillet. Je m'y interrogeais en substance sur le rôle des partis et, partant, des élections, dans un système politique où le roi détient in fine tous les pouvoirs. A noter que cette thématique avait maintes fois auparavant été abordée dans TelQuel et Nichane (et ailleurs), sans jamais soulever la moindre polémique. Pourquoi une telle tempête, cette fois-ci ?

Il semble (c'est ce qui ressort des termes de mon inculpation telle que rédigée par le procureur du roi) qu'on ne me reproche pas le fond, mais la forme de cet éditorial - tel qu'il est paru dans Nichane, pas dans TelQuel (ce qui n'a pas empêché la destruction de ce dernier). En clair, on me reproche l'utilisation du marocain (ou darija) dans un éditorial dont certains passages s’adressaient au roi directement. Selon le ministère public, le marocain est un “langage de rue”, perçu comme globalement vulgaire, voire insultant. Ne pouvant ignorer cela, je l'aurais donc sciemment utilisé dans le but de provoquer le monarque, par des tournures de phrases “irrespectueuses”. Telle est la version officielle, corroborée par des déclarations du ministre de la Communication selon lequel j'aurais fait preuve, volontairement, d'“insolence” vis-à-vis du roi.

Le malentendu est profond et structurel. D'abord, une évidence : hormis une poignée de grand-mères analphabètes et exclusivement berbérophones vivant dans des villages reculés et coupés du monde, tous les Marocains comprennent et maîtrisent la darija, en partagent les dits et les non-dits, les nuances, les tournures de style et d'esprit, etc. C'est donc, véritablement, notre seule et unique langue nationale, même si beaucoup continuent à l'affubler, aujourd'hui encore, du sobriquet dépréciateur de “dialecte”. Il n'est pas anodin de constater que le seul document officiel en marocain reste, à ce jour… le Code de la route ! L'Etat a beau chérir la propagande officielle qui veut faire de nous, de gré ou de force, des Arabes moyen-orientaux, quand il s'agit de vie ou de mort (au volant), on ne plaisante plus : il faut communiquer dans la langue du peuple, la seule qu'il comprenne clairement. Une langue que la très officielle Commission spéciale pour l'éducation et la formation (COSEF), instituée par le roi en personne, a même qualifiée de “langue maternelle” des Marocains. C'est dire…

Notre langue maternelle n'est évidemment pas “vulgaire”, elle est même capable d'élévation et de beauté. Sur le plan littéraire, le marocain est la langue du zajal et du malhoun, deux genres poétiques particulièrement soutenus, dans lesquels on retrouve des figures de style vertigineuses qui n'ont rien à envier aux plus beaux poèmes en arabe classique. Nos proverbes, énigmes et autres contes, éléments cardinaux de notre très riche patrimoine culturel, sont également formulés en marocain.

Mais le marocain est aussi une langue moderne, ouverte aux néologismes les plus audacieux. Alors, par exemple, que l'arabe classique a un mal fou à dégager un répertoire dans le domaine des nouvelles technologies (essayez d'appeler la souris de votre ordinateur “al fara” sans rire), le marocain s'y adapte avec aisance. C'est, chez nous, la langue naturelle dans laquelle s'échangent des millions de sms, celle qui prédomine dans les forums de discussions sur Internet, les chats, les mails…

Le marocain est donc une langue vivante, moderne, actuelle, dans laquelle tous les Marocains - et en particulier les jeunes - se reconnaissent. L'adopter en tant que vecteur d'expression principal était le pari de Nichane. Un pari qui, malgré les interdictions et les saisies, est en passe de réussir. Moins de cinq mois après son retour dans les kiosques, Nichane, qui dépasse régulièrement les 20 000 exemplaires vendus, est aujourd'hui le troisième hebdo le plus lu du Maroc, après Al Ayyam et TelQuel (chiffres OJD). Si les Marocains estimaient Nichane grossier, en serait-il arrivé là en si peu de temps ?

Evidemment, le marocain, comme toutes les langues, comporte des mots vulgaires ou insultants. Comme dans toutes les langues, ces mots ont la plupart du temps un rapport avec le sexe ou la scatologie. Il va de soi que je n'ai utilisé aucun mot de ce genre dans cet éditorial - ni dans aucun autre avant, d'ailleurs. Au-delà de respecter le roi, je tâche de respecter mes lecteurs. Et je crois y être bien arrivé jusqu'ici. Pourquoi dans ce cas la police, puis la Justice, ont-elles trouvé mon éditorial irrespectueux, voire scandaleux ?

C'est là où l'idéologie intervient. Depuis l'indépendance, les principaux mythes fondateurs du Maroc n'ont pas été revisités. Parmi eux, et peut-être même le premier d'entre eux : le fait (rappelé dans le préambule de la Constitution) que nous soyons des Arabes, que notre langue officielle soit l'arabe, et que notre ensemble régional se nomme “Maghreb arabe”. Il va de soi que c'est faux. Nous sommes, au moins, autant amazighs qu'arabes. Nous sommes les deux, en fait. Et il y a en nous beaucoup d'autres affluents identitaires : africain, un peu andalou, un peu juif (culturellement, j'entends), un peu européen (français et espagnol, mais aussi, bien avant, portugais…). Pour des raisons propres au contexte politique des années 50-60, l'arabité est devenue notre unique identité officielle. C'était évidemment un mensonge, démenti au quotidien par la plus éloquente des preuves : notre langue (qui, elle, intègre harmonieusement toutes les dimensions occultées de notre identité). Comme il était impossible d'éradiquer cette langue (sauf à parfaitement éduquer/arabiser l'ensemble du peuple, ce dont le système s'est révélé incapable), la solution qu'ont trouvée les officiels a été de… la dénigrer. De la minimiser, de la réduire au rang de vulgate, de sous-langage. Bref, de la mépriser et, ce faisant, de nous mépriser nous-mêmes. Cela vaut aussi pour les plus conservateurs, qui poussent la schizophrénie jusqu'à stigmatiser la darija… en darija !

Ces gens-là, qui n'arrivent pas à s'extraire de carcans idéologiques pourtant surannés, considèrent le marocain comme une langue irrespectueuse en soi et ils n'imaginent pas que quelqu'un (moi, par exemple) puisse penser différemment. Pas étonnant qu'ils aient bondi d'indignation à la lecture d'un éditorial dont le titre, et quelques passages, s'adressaient au souverain en marocain. Dans leur esprit, cela ne fait aucun doute : je suis coupable d'irrespect envers le monarque, et avec préméditation.

Au nom de tous mes concitoyens qui parlent le marocain chaque jour sans y voir aucun mal, je proteste, et nie en bloc. C'est au mieux un terrible malentendu, résultat d'un décalage culturel et générationnel, voire idéologique. Avec toute la bonne foi du monde et sans utiliser aucun mot insultant, j'ai écrit cet éditorial en marocain, comme tout Nichane est en marocain. Sans complexes et avec même, de mon point de vue, une certaine affection envers le monarque - cette affection que permet la proximité engendrée par l'usage de notre langue commune (et qu'interdit l'arabe classique).

Je fais partie d'une génération qui refuse de s'auto-mépriser. Une génération fière de ce qu'elle est et de la langue qu'elle parle. Une génération qui porte un nouveau regard sur la darija, un regard apaisé, ce regard que porte sur lui-même celui qui sort d'une psychanalyse et qui se sait guéri, enfin débarrassé de ses complexes. Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette nouvelle génération m'émeut aux larmes. Un jeune qui me dirait “innani ouhibbou watani”*, je trouverais ça louche. S'il me dit “kanbghi bladi”**, je le croirais beaucoup plus volontiers. Et je me sentirais proche de lui.

Un dernier mot sur le thème de “l'insolence” (dsara), dont m'accuse M. le ministre de la Communication. Pressentant les objections des plus conservateurs, je m'étais adressé à eux (en creux) en conclusion de mon analyse en écrivant “si on me permet cette insolence”. C'était évidemment de l'ironie, du second degré, à l'adresse de ceux qui n'ont pas encore compris qu'analyser un discours du chef de l'Etat est la moindre des libertés, dans une démocratie. M. Benabdellah m'a, semble-t-il, compris au premier degré. C'est regrettable, pour un homme que je pensais intelligent.

M. le ministre a donc déclaré, en référence à ce fameux éditorial : “La liberté de la presse ne rime pas avec l'insolence”. Dans le dictionnaire, le mot “insolence” est défini comme un “manque de respect injurieux, de la part d'un inférieur ou d'une personne jugée telle”. Synonyme : “effronterie”. Exemple : “L'insolence d'un laquais à l'égard de son maître”. Voilà donc la clé : dans l'esprit de M. Benabdellah et de ses pareils, je devrais, nous devrions, nous autres Marocains, nous estimer les inférieurs, les laquais de ceux qui nous gouvernent, et à leur tête le roi. Il se trouve que Mohammed VI ne manque aucune occasion de rappeler qu'il est un “roi citoyen”. Je le crois et je l'approuve. La citoyenneté n'exclut évidemment pas le respect (et mon éditorial - j'insiste - était respectueux), mais elle exclut la subordination et la relation d'infériorité.

Je m'inscris dans la citoyenneté. Mon roi aussi. Pas M. Benabdellah. Malgré ce que j'en dis et en écris, lui et ses pareils continueront à penser que je suis “insolent” et qu'il faut à ce titre “m'éduquer”. A ces gens, je réponds ceci : mes parents s'en sont déjà chargés, merci. Et la valeur cardinale qu'ils m'ont inculquée, c'est que je dois respecter tout le monde, sans courber l'échine devant personne. Même si je dois me faire censurer et risquer la prison.

* “J’aime mon pays”, en arabe classique
** Idem, en marocain




TelQuel remercie tous les médias marocains, presse écrite et radios, qui ont couvert la saisie du magazine et le procès de son directeur.

Par Abdelaziz Nouaydi
Juriste, membre fondateur de l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'homme) et dirigeant de Transparency Maroc, A. Nouaydi a créé en 2005 l'association Adala qui œuvre à l'indépendance de la justice.


L'édito de la discorde. Entre l’affection et la franchise


Tribunal de Casablanca,
à l’entrée de la salle où se
déroulait le procès, le 24 août.
(TNIOUNI / NICHANE)

J’ai lu le fameux éditorial d'Ahmed Benchemsi qui lui vaut, aujourd'hui, d'être poursuivi en justice pour “manquement au respect dû au roi”. J'ai pour ma part retiré de ce texte deux impressions majeures : l'affection du journaliste pour son roi, et une réelle franchise dans l'analyse - la franchise d'un citoyen féru de valeurs démocratiques et de modernité.

Monarchie de proximité
Il est possible, à première vue, de considérer que cet éditorial bouscule les traditions et les discours convenus, l'utilisation de la darija dans de tels textes étant une pratique inhabituelle. Certains, et notamment les
conservateurs les plus radicaux, pourront sans doute y voir un caractère subversif. Mais sachant l'état d'esprit et la vision des jeunes Marocains modernes dont Ahmed Benchemsi fait partie, il est permis de voir les choses tout à fait autrement. L'usage d’une expression comme “Fine ghadi bina khouya” (“Où nous emmènes-tu, mon frère ?” - tirée de la célèbre chanson éponyme des Nass El Ghiwane) révèle plutôt un sentiment d'affection et de proximité, et pourquoi pas de fraternité ; un sentiment nourri de la conviction que le monarque est proche de ses sujets, surtout les jeunes.

Que cette conviction soit justifiée ou non, le journaliste qui la nourrit était sans aucun doute convaincu, en écrivant son éditorial, que ce dernier “cadrait” avec l'état d'esprit du souverain. Depuis son accession au trône, en effet, ce dernier n'a cessé d'encourager les valeurs de démocratie et de modernité, ainsi que de promouvoir une monarchie citoyenne, une monarchie de proximité.

C'est donc l'affection envers leur monarque qui pousse beaucoup de jeunes férus de valeurs démocratiques et citoyennes à espérer que Mohammed VI, en roi moderne, leur tendra la main à eux plutôt qu'aux opportunistes et aux corrompus. Ces jeunes ont la conviction qu'avec leur roi, ils feront du Maroc, Etat et société, un pays moderne dans la forme comme dans le fond ; un pays de bonne gouvernance où le pouvoir s'exerce dans la responsabilité et en rendant des comptes ; un pays qui n'admet plus les situations de rente, aussi bien économiques que politiques ; un pays où, en fin de compte, n'exerceront des responsabilités que ceux qui en seront dignes. C'est cette conviction qui pousse à la franchise.

Que l'on partage son opinion ou pas, il est indéniable qu'Ahmed Benchemsi l'a exprimée librement (ce qui est son droit le plus absolu) et avec franchise. Benchemsi n'est pas de ceux qui n'analysent ou ne commentent les discours royaux que pour en encenser le génie et la sagesse. Ceux-là n'expriment que très rarement leurs convictions réelles, applaudissent une chose aujourd'hui et son contraire demain, espérant en tirer profit à mesure qu'ils font la claque. Ceux qui entretiennent le culte de la personnalité ont toujours mené leurs leaders à leur perte, se retournant contre eux dès qu'ils sentaient le vent tourner. Ces gens-là ne sont mus que par leurs intérêts égoïstes, certainement pas par une affection sincère envers leur leader, et encore moins par leurs principes (en ont-ils, d'ailleurs ?).

Liberté et sincérité dans l'analyse
Benchemsi et ses confrères n'ont pas hésité à applaudir plusieurs initiatives courageuses du roi, notamment la réforme de la Moudawana, et tout ce qui contribue à l'ouverture de leur pays. S'ils l'ont fait, c'est par conviction et non par peur, ni par intérêt. Partant de son vœu de voir la monarchie se parer d'atours modernes, dans la forme comme dans le fond, Benchemsi a cette fois-ci relevé, toujours avec franchise, ce qu'il considère comme des contradictions dans le dernier discours du trône, et a marqué son désaccord avec certaines des idées qui y ont été exprimées. Il est naturel que les discours du roi fassent l'objet de débats, comme en témoignent les milliers d'éditoriaux qui leur ont été consacrés durant des décennies, les encensant soit à juste titre soit uniquement pour flatter le monarque. Faut-il en conclure que les discours royaux ne peuvent être commentés que lorsqu'il s'agit de les applaudir ? Ce serait inconcevable.

Certains font une interprétation erronée de l'article 28 de la Constitution qui stipule : “Le roi peut adresser des messages à la Nation et au Parlement. Les messages sont lus devant l'une et l'autre Chambre et ne peuvent faire l'objet d'aucun débat”. Cet article rappelle l'article 18 de la Constitution française. Il signifie que le chef de l'Etat, spécifiquement dans sa relation avec le Parlement, peut s'adresser aux députés pour différentes raisons : accueillir les nouveaux venus parmi eux, exprimer une prise de position sur une problématique nationale ou internationale, informer d'une décision importante qui relève de sa compétence, fêter un événement heureux ou encore faire part de ses priorités politiques générales ou relevant du domaine législatif. Ces discours royaux n'engagent pas la responsabilité du gouvernement, et le Parlement n'est pas habilité à prendre position sur leur contenu. Etant donné que la finalité de ces discours n'est pas leur adoption en tant que textes législatifs, il n'est donc pas nécessaire, ni utile, de les voir discutés dans l'une ou l'autre des Chambres. Voilà le sens réel de l'article 28 de la Constitution.

La Constitution n'interdit donc pas aux citoyens de discuter les discours du roi, ni d'exprimer leur accord ou leur désaccord avec leurs contenus. Comprendre de l'article 28 de la Constitution qu'il interdit purement et simplement de discuter les discours royaux, consiste à s'aveugler sur les très nombreux commentaires et analyses qui fleurissent dans la presse nationale comme internationale, après chacun de ces discours. Mais cela consiste aussi, et surtout, à nier aux citoyens un de leurs droits les plus fondamentaux : la liberté d'expression et d'opinion.



Association Mondiale des Journaux et World Editors Forum. “Très inquiets”

Communiqué conjoint (extraits)

De Paris. L'Association Mondiale des Journaux et le World Editors Forum, qui représentent 18 000 publications dans 102 pays, expriment leur forte inquiétude suite à la saisie de deux hebdomadaires indépendants sous prétexte qu'ils auraient manqué de respect au roi Mohammed VI (…).
Nous sommes très inquiets face à ce qui ressemble à une campagne gouvernementale visant à entraver la liberté de presse au Maroc. (…) Nous vous rappelons que ces faits de censure constituent des atteintes à la liberté d'expression, garantie par de nombreuses conventions internationales, dont la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. (…) Nous demandons (au premier ministre) de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme aux intimidations à l'encontre de la presse indépendante au Maroc et permettre que, dans le futur, votre pays respecte les standards internationaux en matière de liberté d'expression (…).




Reporters Sans Frontières. “Indignés”

Communiqué (extraits)

De Paris. Reporters sans frontières est indignée par l'inculpation d'Ahmed Benchemsi, directeur de publication des hebdomadaires Nichane et TelQuel, pour "manquement au respect dû à la personne du roi", en vertu de l'article 41 du Code de la presse.
Ahmed Benchemsi est un fervent défenseur d'une presse indépendante et audacieuse qui a su briser de nombreux tabous imposés aux journalistes marocains. Sa liberté de ton continue visiblement de déranger en plus haut lieu.
Les patrons de presse, mais également leurs imprimeurs, subissent de nombreuses pressions politiques et financières. Au Maroc, le Code de la presse est un texte liberticide dans lequel les juges puisent allègrement pour faire condamner les journalistes. Par ailleurs, ce texte permet au gouvernement de faire saisir et détruire des publications, sans recours possible pour les victimes. Au cours de ces dernières années, la quasi totalité des journalistes poursuivis en vertu de l'article 41 ont été systématiquement condamnés. En réalité, les journalistes ne gagnent jamais les procès intentés par l'Etat à leur encontre.




Syndicat national de la presse marocaine. “Une dérive des autorités”

Communiqué commun (extraits)

De Rabat. Les autorités continuent à violer les droits du directeur de publication des hebdomadaires Nichane et TelQuel en le soumettant à des interrogatoires prolongés et à une détention de fait. Les organisations signataires de ce communiqué dénoncent cette dérive des autorités dans leur relation avec les journalistes, qu'elles traitent comme des criminels pendant les interrogatoires, comme inadmissible et révélatrice de leurs intentions belliqueuses envers le travail journalistique sérieux et critique.
Les autorités ont clairement enfreint la loi dans le dossier de Nichane et TelQuel. Le premier ministre n'avait pas le droit de saisir un numéro de Nichane, car cela relève des compétences du ministre de l'Intérieur, conformément à l'article 77 du Code de la presse. Cette saisie, ainsi que celle de TelQuel, au sein même de l'imprimerie et avant sa diffusion, par la destruction des 50 000 exemplaires qui devaient paraître cette semaine-là, a généré pour le groupe de presse une perte supérieure à un million de dirhams. Par cette action, les autorités ont aussi privé les lecteurs de leur droit à s'informer, puisque rien de ce qui a été écrit ne justifiait ces saisies, selon l'article 74 du Code de la presse.
L'inculpation de Ahmed Benchemsi, directeur de publication de Nichane et TelQuel, pour “manquement au respect dû au roi”, basée sur l'éditorial paru, est une violation flagrante du droit à la liberté d'expression. L'éditorial incriminé ne contient aucune atteinte à la personne du roi, et consiste en une simple analyse du dernier discours du trône.
Les organisations signataires considèrent l'affaire Nichane et TelQuel comme une violation de la loi, une atteinte à la liberté d'expression et un non-respect des engagements pris par les responsables sur le respect de ces libertés.
Les organisations signataires dénoncent le rôle négatif de la justice marocaine, consistant à resserrer l'étau sur la liberté de la presse et d'expression à travers plusieurs procès intentés par les différents tribunaux du royaume.
Les organisations signataires ont décidé de constituer un comité de suivi de la situation actuelle, et d'éditer d'un mémorandum détaillé de toutes les violations enregistrées. Le comité prendra toutes les initiatives nécessaires pour s'opposer à ce qui arrive.
Association des avocats du Maroc
Association marocaine des droits humains
Organisation marocaine des droits de l'homme
Ligue marocaine de défense des droits de l'homme
Union des écrivains du Maroc
Association Adala
Transparency Maroc
Syndicat national de la presse marocaine




Committee to protect journalists. “Censure flagrante”

Communiqué (extraits)

De New York. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) condamne la saisie par le gouvernement marocain des éditions de deux magazines indépendants, sous le prétexte qu'ils ont manqué de respect au roi Mohammed VI.
“Nous condamnons cet acte flagrant de censure”, a déclaré Joel Simon, le directeur exécutif du CPJ. “La saisie de Nichane et TelQuel est une preuve supplémentaire de l'érosion progressive de la liberté de la presse ; le Maroc continue ainsi à endommager sa réputation d'un pays qui accepte le journalisme critique”.

 
 
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