N° 484
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Palestine. Objectif ONU
ACTU MONDE



Par Jihane Ben Yahia


Palestine. Objectif ONU

Le chef d’Etat américain pourrait bien faire faux-bond au président de l’Autorité palestinienne, Mahmud Abbas. (AFP)

Les diplomates palestiniens écument les capitales du monde afin de mobiliser le plus de soutiens possible à l’entrée de leur futur Etat aux Nations Unies. Les enjeux.


A l’ouverture de la session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 13 septembre à New York, les Palestiniens formuleront une demande de reconnaissance de leur Etat. Pour cela, ils devront recueillir une majorité de 128 voix avant de se pourvoir devant le Conseil de sécurité, seul compétent pour décider de l’entrée d’un nouvel Etat- membre aux
Nations Unies. Genèse d’une bataille diplomatique acharnée.

Les frontières de 1967 en question
Dans un discours prononcé le 19 mai dernier, le président américain Barack Obama a clairement affirmé que la frontière entre Israël et la Palestine devait se baser sur tracé de 1967. Une annonce saluée par les Palestiniens, qui ont vu là une réelle volonté de relance du processus de paix. Mais, le lendemain, la visite de Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche a mis Washington en porte-à-faux. “Pas question de revenir aux lignes de 1967”, a déclaré le Premier ministre israélien. Une réaction prévisible dans la mesure où Israël, ayant refusé de poursuivre le moratoire sur la construction des colonies juives, se serait vue contrainte d’abandonner ses “grands blocs”, c’est-à-dire les implantations juives en territoire palestinien. “Nous n’avons cessé de proclamer depuis plus de deux ans que la poursuite de la colonisation est incompatible avec toute tentative d’engager des négociations fructueuses, puisque, en violation du processus engagé à Madrid il y a bientôt vingt ans, cette politique systématique vise à faire disparaître le territoire qui constitue l’objet même des négociations”, explique à TelQuel Hael Al Fahoum, ambassadeur de l’Autorité palestinienne à Paris.
Quelques jours plus tard, au congrès annuel de l’AIPAC - principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis -, le président américain était attendu au tournant. Les liens entre Israël et les États-Unis sont “indestructibles”, a-t-il lancé, disant comprendre la “peur existentielle” d’Israël. Un revirement brutal qui montre à quel point la realpolitik américaine l’emporte sur les intentions, aussi bonnes soient-elles.

Wait and see
Refusant toute négociation sur la base des frontières de 1967, qualifiées d’“indéfendables” par les Israéliens, les autorités palestiniennes annoncent, début juillet, qu’elles demanderont une reconnaissance de leur Etat par l’Assemblée générale des Nations Unies. Les réactions ne se font pas attendre. Le lendemain, au cours d’une conférence de presse, Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères, annonce la couleur : “Des mesures unilatérales vont nous contraindre à prendre des mesures unilatérales”. Un ton menaçant auquel s’ajoute la fermeté de la position américaine, signifiant ainsi une fin de non-recevoir à la demande palestinienne. “Je suis persuadé que choisir la voie de l’ONU pour les Palestiniens plutôt que de s’asseoir à la table des négociations avec les Israéliens est une erreur”, a expliqué Barack Obama, lors d’un déplacement à Londres, le mois dernier. Le ton est donné : “Toute tentative des Palestiniens d’affaiblir la légitimité israélienne en recherchant une reconnaissance unilatérale à l’ONU sera combattue farouchement par l’Amérique”, a-t-il déclaré.
La réaction de la France, quant à elle, s’inscrit davantage dans une volonté de temporisation, sans être pour autant ouvertement en faveur des Palestiniens. En effet, craignant une conflagration diplomatique aux Nations Unies en septembre, la France s’est proposée d’accueillir d’ici fin août une conférence entre les deux parties et le Quartet des médiateurs (à savoir les Etats-Unis, l’Union Européenne, la Fédération de Russie et les Nations Unies), en vue de relancer les négociations. Mais rien n’est encore décidé, d’autant que Washington se déclare très sceptique quant aux résultats d’une telle initiative. “Nous sommes encore dans une attitude de wait and see”, a déclaré Hillary Clinton, à l’issue de la rencontre avec son homologue français, Alain Juppé, le 5 juillet dernier.

Est-ce vraiment possible ?
A ce jour, près de 120 pays reconnaissent l’existence d’un Etat palestinien, sur la base des frontières de 1967. La Fédération de Russie, l’ensemble des pays d’Amérique du Sud (exception faite de la Colombie), la majorité des pays arabes (sauf le Liban) et quelques pays d’Afrique ont annoncé qu’ils émettraient un vote favorable en septembre. La majorité requise des 128 voix pour que la demande soit transmise au Conseil de sécurité semble donc être en bonne voie. Mais il ne s’agit là que d’une étape préliminaire, puisque la Charte des Nations Unies prévoit que l’entrée d’un nouvel Etat membre doit être soumise à l’approbation du Conseil de sécurité. Or la menace de veto est agitée du côté américain, ce qui étoufferait dans l’œuf l’initiative palestinienne.
Il existe néanmoins une dérogation à ce principe : l’application de la procédure dite de “Uniting for Peace”. Selon les termes de cette résolution, l’Assemblée générale peut se substituer au Conseil de sécurité si ce dernier ne parvient pas à une décision, en raison du vote négatif d’un membre permanent, et ce dans tous les cas où la paix pourrait être menacée ou rompue, ou en cas d’agression. Née du conflit nord-coréen, cette résolution n’a été appliquée qu’en 1956 (crise de Suez), 1980 (Afghanistan), 1981 et 1982 (territoires arabes occupés par Israël).
Toutes ces conjectures font évidemment grand bruit dans les couloirs de l’ONU : “Nous allons vers un mélodrame onusien typique”, prédit un diplomate du Conseil de sécurité dans la presse française. A l’évidence, la complexité et la lenteur des procédures ne feront que raviver les tensions, mais les Palestiniens sont confiants. Les révolutions arabes auraient fait valoir leur droit à disposer d’eux-mêmes et à acquérir enfin leur indépendance. “Le président Obama a chanté les louanges du printemps arabe dans son discours. Que fera-t-il si des centaines de milliers de Palestiniens descendent dans la rue, pendant plusieurs semaines avant le jour J du mois de septembre ?”, interroge Ryad Mansour, observateur permanent de l’Autorité palestiniennes auprès des Nations Unies. Réponse en septembre.

Riposte. La fin des accords d’Oslo ?
Le 25 juillet, Yaakov Amidror, directeur du Conseil de sécurité national israélien, lance un pavé dans la mare. Il annonce à la presse locale qu’“une déclaration unilatérale (des Palestiniens) à l’ONU signifierait la fin des accords d’Oslo, ainsi qu’une violation de tous les accords signés jusqu’à aujourd’hui”. Une option à laquelle pourrait donc recourir le gouvernement israélien pour riposter à l’initiative palestinienne. Signés dans un premier temps en 1993 et concernant uniquement la bande de Gaza, ces accords sont étendus en 1996 à la Cisjordanie. Ils prévoient, entre autres, l’octroi de statuts particuliers aux différentes zones de la région, sur lesquelles les Palestiniens disposent d’un pouvoir de contrôle - civil - plus ou moins étendu. Mais ceci ne concerne que 30% du territoire à l’intérieur des frontières de 1967. C’est pourquoi la demande de reconnaissance auprès des Nations Unies apparaît pour certains comme une mise en échec des négociations. Les Palestiniens y voient, au contraire, une relance du processus de paix dans la mesure où les Accords d’Oslo ont de facto expiré depuis 1999. D’autant qu’ils n’étaient qu’une étape préalable à la reconnaissance au droit des Palestiniens à un Etat.
 
 
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