N° 510
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Le tweet de la mort
Je tiens à partager avec vous mon indignation à propos de ce qui arrive à Hamza Kashgari, un journaliste saoudien de 23 ans, collaborateur d’un journal local de Jeddah. Le 4 février, date anniversaire de la naissance de Mohammed, une fête célébrée dans le Maghreb mais pas en Arabie Saoudite, il a adressé un message sur Twitter au prophète : “Au jour de ton anniversaire, je ne m’inclinerai pas devant toi… J’ai aimé certaines choses en toi mais j’en ai abhorré d’autres, et je n’ai pas compris beaucoup de choses à ton sujet”. La réaction des autorités ne s’est pas fait attendre : le conseil religieux chargé des fatwas considère que les propos tenus par ce journaliste sont blasphématoires contre l’islam. Ces religieux ultraconservateurs vont même jusqu’à considérer ce tweet comme un crime passible de la peine de mort. Pris de panique, le journaliste s’excuse sur Twitter d’avoir offensé Mohammed et l’islam. Mais les autorités religieuses ne semblent pas s’en accommoder. Elles décident de le traquer comme un criminel. Le jeune journaliste risque d’être condamné à la peine de mort et, cerise sur le gâteau, par un tribunal religieux et non pas par les autorités du royaume. Voilà où nous mène le wahabisme.
Adnane Belhaj, Mohammedia


Vivre enfin
“Je préfère la révolte à la misère”. Ce sont ces quelques mots qui reviennent souvent dans la bouche des Grecs quand on leur demande naïvement s’il n’y a pas une autre solution à la crise que la révolte. Effectivement, le pacifisme est un concept qui attire les couches sociales aisées, il permet d’asseoir leur pouvoir. Les possédants aiment la stabilité, il ne faut pas que leur capital soit mis en danger. Mais, en ces temps de crise, pour ceux qui n’ont pas grand-chose ou qui le perdent progressivement à cause des mesures d’austérité successives votées par leurs gouvernements, il n’est d’autre choix que de se battre. Lutter pour ses droits, choisir la voie de la résistance. Montrer enfin au monde que nous refusons de baisser les yeux, de courber l’échine, de nous taire. Ne plus consentir. Ne plus accepter d’être une machine. Ne plus accepter des salaires amputés. Ne pas accepter le sous-développement qui sonne à la porte. Ne pas accepter les lendemains qui ne chantent pas, les lendemains de cris, de guerre. Vouloir réaliser ses rêves, les mettre enfin à l’épreuve du réel. Se projeter dans un pays débarrassé de l’esprit de soumission et du cynisme. Penser l’après-capitalisme. Vivre enfin selon ses besoins. Vivre enfin. C’est ce à quoi aspirent les Grecs à travers ces émeutes, c’est ce à quoi aspirent les Syriens qui meurent pour vivre enfin, c’est ce à quoi nous aspirons, nous, Marocains, à travers le Mouvement du 20 février et nos idéaux anti-corruption. En arabe, rechoua se dit du bois pourri sur lequel on ne peut rien poser et avec lequel on ne peut rien faire. C’est bientôt le printemps, il est temps de couper quelques branches. Pour vivre enfin.
Fadwa Bouzni, Rabat


Rien ne nous sera donné
Un grand merci à Nouhad Fathi pour son dossier sur les lesbiennes (Lesbiennes et Marocaines, TelQuel n°509). La société marocaine d’aujourd’hui ne permet pas encore à l’individu d’être reconnu. Tant que l’individu n’existe pas, la société marocaine ne pourra pas s’inscrire dans un Etat de droit. Au Maroc, on privilégie encore la référence au clan, à la tribu, à la famille, plutôt que l’individu, qui est quelqu’un de singulier et d’unique. C’est pour cela que nous avons du mal à entrer dans la modernité, où l’individu vit selon un contrat social et selon des lois admises par tous. Un individu, c’est aussi une différence du fait de son caractère unique. Nous nous ressemblons tous mais nous sommes tous différents. Notre devoir est de respecter cette différence, quelle soit dans la foi, la couleur de peau ou l’appartenance sexuelle. Cette règle simple du vivre ensemble doit être défendue comme il se doit, car, comme le dit fort justement Mohamed Khaïr Eddine, “rien ne nous sera donné”.
Aziz Kabbaj, Casablanca


Et rebelote !
Après Fouad Mourtada, le jeune ingénieur qui a été condamné en 2008 à trois ans de prison pour s’être fait passer pour le frère du roi sur Facebook, c’est au tour de Walid Bahomane de passer par la case tribunal. De quoi l’accuse le régime ? Le jeune homme est poursuivi pour “atteinte aux valeurs sacrées du Maroc” parce qu’il a publié des photos et des vidéos satiriques de Mohammed VI sur Facebook. On ne peut que s’interroger sur le pourquoi de son arrestation alors que la réforme constitutionnelle entrée en vigueur l’été dernier a aboli (théoriquement) le caractère sacré du monarque. J’appelle donc tous les partisans de l’application des lois à intégrer le groupe de soutien à Walid Bahomane sur Facebook. Aujourd’hui, c’est lui, demain ce sera nous.
Abdallah Zouhry, Meknès
 
 
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